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L’année du darque knight

23 septembre 2013

Darque-Knight
Quand ma fête approche j’ai moins peur de passer pour un narcissique en parlant de moi, de toute manière si tu me connais, tu sais que quand je parle de moi je parle de toi aussi, alors je vais te donner de mes nouvelles.

L’an passé j’écrivais mon bilan de l’âge du christ : mes 33 ans, l’année des grands bouleversements, la plus mouvementée et chaotique de ma vie. La grève étudiante, une grande rupture, des tas de nouveaux amis, une histoire amoureuse impossible, l’écriture qui revient, la trahison, un déménagement à Villeray, un voyage en Islande, la maladie autour de moi, trop de facebook et beaucoup, beaucoup d’alcool. C’était une année intense, lyrique, qui tranchait violemment avec les années de stabilité et d’ennui qui ont précédé. Mes 33 ans, c’était déjà un roman.

Il y a une suite, c’est l’année de mes 34 ans, moins agitée, moins propice aux grandes envolées. Le darque knight gravit lentement le mont des épreuves. C’est l’année où je me suis installé dans une nouvelle forme de vie, une vie qui me convient. En 2002, quand j’ai quitté la maison de mes parents, je rêvais d’intensité, de sorties et de partys, de musique forte et d’alcool, mais surtout de conversations profondes jusqu’au lendemain matin, une vie entourée d’intellectuels et d’artistes, capable de m’inspirer, de me permettre de créer. Je voulais quitter les jeux vidéos dans le sous-sol du quatre cinq zéro, je souhaitais échapper à mon milieu geek. Je n’ai pas accompli cela tout de suite, j’ai fait de longs détours, je me suis égaré dans des culs de sac, j’ai passé des années en pénurie d’amitié, isolé dans des quartiers éloignés, à retomber dans les jeux vidéos pour tuer l’ennui, refaire tous les Final Fantasy au GBA, les Dragon Quest au DS, des années à ne plus pouvoir écrire et à me demander pourquoi – par écrit.

À 34 ans, je réalise ma chance : mes amis sont des professeurs de philosophie, des écrivains et des poètes, ce qui ne les empêche pas de faire un peu trop le party, j’ai maintenant accès à une source inépuisable de conversations passionnantes, je n’aurais jamais pû en espérer autant autrefois. Ils m’inspirent et je suis choyé. Je vis comme j’ai toujours voulu vivre : je me sens libre, j’ai un appart charmant, un quartier agréable, je me sens bien entouré, j’ai un travail que j’adore, un gros chat qui dort à mes côtés, je progresse lentement mais sûrement dans ce qui m’importe le plus, j’ai l’air de me vanter mais j’approche de ma vision de l’existence idéale. Même si la même année j’ai traversé les phases les plus sombres et désespérées de ma vie, à passer proche de crever dans la noirceur intégrale du désir d’effacement tétanisé par l’absence d’amour, même si je peux dire en même temps que ça ne va pas si bien que ça, en général, j’éprouve de la gratitude envers ma vie, j’ai surtout envie de dire merci.

Alors merci parce qu’à 34 ans j’ai repris l’enseignement, cette grande source de joie, j’ai découvert des tonnes de musique darque, une année Swans, une année Low, électro Chvrches, postpunk Holograms, metal Vorum. Raymond Bock dira « si Jean-Philippe danse c’est un bon party » et à 34 ans Jean-Philippe a dansé souvent, surtout all night sur Daft Punk.

À 34 ans j’ai approfondi mes amitiés de l’an dernier, j’en ai gagnées quelques nouvelles, j’ai fait d’autres voyages vers le nord, lieu de ma naissance, lieu d’apaisement : la Côte-Nord, la Norvège. Le fleuve de mon enfance, la forêt de mon enfance, et puis le plateau d’Hardangervidda, le mont Ulriken et les profondeurs du Geirangerfjord, du Hardangerfjord, du Sognefjord. Traverser la Norvège en train, en autobus. Une année à marcher, à Montréal, Port-Cartier, Oslo, Bergen, Ålesund. Une année Té Bheag, Bowmore, Talisker, Laphroaig. À année à lire tout François Blais, à me transformer en personnage de François Blais, à me retrouver face à face avec François Blais, une année à lire beaucoup de poésie, souvent sur le balcon, suspendu dans le ciel instagram.

À 34 ans, j’ai réparé des pots cassé, à 34 ans je me suis réconcilié. Retour à Louiseville, retour à Rosemont. À 34 ans, j’ai survécu à la pire brosse de tous les temps (5 heures PM à 4 heures PM le lendemain, je ne te le conseille pas), à 34 ans ma vie s’est apaisée. J’ai flatté de nouveaux chats et j’ai fini par l’oublier.

À 34 ans j’ai fait des dessins de beubittes, j’ai illustré deux fanzines : la punaise de lit (épuisé) et les araignées géantes du Québec. À 34 ans, j’ai avancé dans les Lost Levels.

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Puis à 34 ans quand l’automne s’est approché j’ai tenté de vivre seul comme en Norvège, j’ai recommencé zazen, j’ai laissé les bouteilles de scotch dans l’armoire vitrée, j’ai désinstallé facebook de mon iPad, j’ai fermé le telex forever, j’ai voulu retrouver l’état d’esprit qui était le mien en scandinavie, au pays des fjords, des trolls, du black metal, où j’ai réussi à vivre seul deux semaines sans aucune conversation, sans que personne ne me manque, sans jamais ressentir la moindre loneliness, mais plutôt un sentiment de liberté, d’indépendance, d’apaisement, et depuis je me questionne sur les conditions de possibilité d’une telle sagesse ici à Montréal, où facebook nous rappelle sans arrêt qu’il se passe autre chose ailleurs et que t’es pas là. Ce n’est pas accompli mais les factures de SAQ diminuent, je lis presque autant de livres que j’en achète, longtemps je me couche de bonne heure, et je me dis qu’un équilibre est sûrement possible au point que je finisse par me mettre à cuisiner, on peut rêver.

À 34 ans, j’approche le sommet du Mt.Ordeals. J’en vois la cime. Il ne reste plus qu’à m’affronter moi-même en combat singulier, et je serai paladin.

C’est ce que je fais les jambes croisées chaque soir, devant le mur de ma chambre.

* * *

À 34 ans, j’ai surtout voulu devenir écrivain. J’écris tous les jours, même si je garde presque tout pour moi. J’écris un journal que je ne partage pas.  J’ai terminé une longue autofiction (75 pages) impossible à publier. J’ai rushé comme un malade sur La reine des ténèbres, le dernier épisode de ma série trash geek love. C’est le texte le plus difficile que je n’ai jamais eu à écrire. Je l’ai commencé il y a plus d’un an, je n’en suis pas venu à bout malgré de multiples relectures obsessives de mon journal, des centaines de pages de notes, malgré plusieurs faux départs, malgré l’avoir mis de côté trop longtemps, récit de fucking friendzone impossible, une traversée de l’enfer des geeks. Mais juste avant ma fête, je crois l’avoir lancé sur une bonne voie. J’ai confiance, je le terminerai cet automne. J’aurais aimé écrire davantage, mais je sens que je fais des progrès, c’est assez pour me réjouir. Ça, et les teintes dorées dans les arbres.

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À 34 ans, j’ai mis quelques textes en ligne, et à 34 ans j’ai envie de les ressortir, faire une rétrospective de Darnziak de l’an passé, une occasion de reprendre ce que tu as manqué, les textes de blogues sombrent tellement vite dans l’oubli et je ne veux rien oublier.

Sur mes blogues :
1) Drunkziak. Des poèmes de drunk, parfois écrits au retour des partys en fort état d’ébriété, mais souvent en trichant, parfaitement sobre mais simulant l’ivresse en plein après-midi, les poètes sont toujours ivres de toute manière. À 34 ans, j’ai enfin aimé la poésie – en lire, en écrire. Et puis Poème sale m’invite à Trois-Rivières, viens me voir au Off le 12 octobre!

2) Le darque knight au mont des épreuves. Final Fantasy IV et la sagesse, les jeux vidéos ne sont pas qu’abrutissement mais vision du monde, ce n’est qu’un commencement, regarde-moi bien aller.

3) Le marais que-personne-n’en-est-revenu. Où je revisite un jeu de commodore 128 que j’ai programmé à l’âge de 10 ans, je prends des photos du jeu au complet juste avant que l’écran saute et fasse disparaître mon œuvre pour toujours.

4) Retour sur le concept d’espoir. Critique d’une philosophie du désespoir, retour de l’idée d’espérance dans ma vie. Ce fut une baloune crevée, mais on n’est pas obligé de le savoir.

5) Au lit avec Darnziak. Dans lequel je tente de circonscrire un problème central que je ne répéterai pas ici (indice, le dessin montre un batte), mais je peux vous révéler un petit secret, j’ai écrit ce texte suivant les conseils de papa Hemingway, complètement fucking saoul au scotch, mais oui je l’ai révisé sobre, mais oui c’est chiant que ce soit un seul paragraphe, je fais exprès pour décourager les adeptes du tl;dr, c’est quand même gênant, cette affaire-là.

Et puis Sur Terreur! Terreur! :

1) Manuel de Séduction. À force de trop analyser la game, à force d’apprendre par cœur tous les principes sans réussir à les appliquer, à toujours subir la beauté des femmes comme des coups de poing dans le ventre, à chaque fois se liquéfier en beta male quand tu me souris et à me dérouler à tes pieds comme une carpette, j’en suis venu à régurgiter tout mon désespoir amoureux passé, présent, futur, arrête ça, tu me donne mal au ventre tellement t’es belle.

2) La fois où Lora Zepam est partie au vent. Ma manière de tracer le portrait de ma belle gang d’amis littéraires trash geeks mongols et de leur vocabulaire délirant, ma façon de faire péter le compteur du plus long texte ever sur Terreur Terreur avec des digressions à n’en plus finir, et d’avoir un fonne noir à écrire, mais au fond, c’est surtout un hommage à mon amie la plus importante, Sophy.

Le texte se déroule la veille de la lecture publique de Drama Queens, le deuxième roman de Vickie Gendreau, qui a eu lieu à peine deux semaines avant son décès. Tout le monde était là. C’est l’événement le plus marquant de l’année pour mon clan de littéraires. Ce texte me rappellera toujours cette période précise de nos vies, la lecture émouvante, les funérailles étranges avec des tutus au Rialto, le after qui se termine chez moi, lire Testament, relire Testament au complet encore, tchatter avec Vickie sur facebook au retour de la pièce Vu d’ici en janvier passé, à huit heures le matin.

– J’ai pas arrêté de boire, je suis fucking ultra saoul.
– Normal, ça fait genre 12 heures que tu bois. Tu fais pas de fautes. Bravo.

Je ne parle pas beaucoup d’elle dans le texte, mais c’est aussi ma façon de lui dire adieu, bye belle fille de feu que j’ai trop peu connue, drama queen, flamand rose. Je vais toujours me souvenir que t’es la première à m’avoir appelé Morin, je n’oublierai pas Car Zizi, les dessins de pénis drunk et François Blais qui fait "…*!\..() **-*.. .?–==$*$*$*$ * $*$*$* $*$*$* $*$*$ *$*$*$!!!!! *!$*$!*$!*!!!* **$ $$!!!* ** ** *!!!!" dans le cerveau, oh nos cerveaux si fragiles, si précieux.

3) Drunkziak aux danseuses, texte hautement controversé, je suis aussi trash que Ed.Hardcore, on le sait.

* * *

Et puis voilà, c’est tout, ce sera ma fête, j’ai invité bien trop de monde dans mon petit appartement, on va passer à travers le plancher, on va passer à travers la nuit, on parlera trop fort jusqu’à enterrer la musique, je vais sortir mon scotch, je vais guérir mon rhume, les filles vont flatter mon chat et puis j’aurai 35 ans. Fin.

Tumblr / Instagram / Darnziak

18 février 2013

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Scanner des dessins, ça demande du temps et je suis occupé, alors j’ai trafiqué ceci : un tumblr d’instagrams de dessins. Un clic de iPad et ça y est. Mis à jour assez souvent.

Poursuivi

25 novembre 2012

Surplus de têtes

19 novembre 2012



J’ai démarré une page de Darnziak publique sur facebook.

Entrevue de revue de madame avec Darnziak

9 novembre 2012

Vous pouvez lire ça sur le blogue de Lora Zepam, et vous apprendrez toutes sortes de choses inusitées et fascinantes sur ce mystérieux Darnziak, incluant de quoi il a l’air grâce à une grosse photo de sa face et de son aura démoniaque de possédé. En passant, Darnziak est un personnage récurrent sur le blogue de Lora Zepam, presque autant que Po la chatte gériatrique (51 libellés) et le Bonheur et la Joie de vivre (81 libellés).

Merci d’être passé, en prime Darnziak vous offre deux esquelettes qui dansent.

La punaise de lit veut être aimée elle aussi

4 novembre 2012

Lora Zepam a fabriqué un fanzine pour nous faire aimer les punaises de lit. Elle a écrit le texte, elle a tout fait imprimer, elle a même fait les couvertures en sérigraphie. Et moi je lui ai refilé quelques illustrations de beubittes. Le résultat est super beau! Voyez!



Le fanzine est en vente sur sa boutique Etsy. Il y a l’édition simple et l’édition deluxe avec des macarons de punaises et une dédicace personnalisée. Je pourrai vous dessiner ce que vous voulez et Sophy va vous écrire de belles gnéseries.

Il y a également un concours super capoté pour gagner un kit deluxe sur Terreur Terreur. Il s’agit de raconter une anecdote de beubitte, facile!

Le fanzine sera aussi en vente à Expozine le 17 et 18 novembre, à la table de Lora Zepam elle-même. Et moi j’irai bien squatter la place un petit peu, c’est sûr.

Excédent bestial

24 octobre 2012


Ici c’est tranquille
mais ailleurs il y a un volcan
en activité.

J’écris plus souvent
sur Drunkziak.

Bilan de l’âge du christ

25 septembre 2012



À l’âge de 33 ans m’a vie s’est fendue et réorientée sous un angle différent. Séisme, glissement de terrain. Ma blonde est partie. J’ai vécu seul dans de grandes pièces froides, de grandes pièces vides, dans le fond du désert de Rosemont. J’ai vécu seul dans un long appartement en pente suspendu au-dessus de Villeray.

À 33 ans j’ai été injoncté, unfriendé, trahi.

Les menaces judicaires suspendues au-dessus de ma tête, les autos de police devant le collège Montmorency sous la pluie. Un message de marde sur facebook envoyé complètement saoul à 3 heures du matin pour me faire unfriender le lendemain. À 33 ans il m’a juré à trois reprises qu’il ne ferait rien mais il l’a fait quand même.

À 33 ans, j’ai participé aux lancements, j’ai assisté aux lectures, je suis resté jusqu’à la fin de tous les partys. J’ai jasé avec les auteurs, les dessinateurs, les poètes, les profs, les artistes, les comiques, les fuckés. J’ai eu des conversations, des discussions, des débats. J’ai parlé jusqu’à plus soif. Je me suis couché au lever du soleil, je me suis fait de nouveaux amis, j’ai renoué avec les anciens. À 33 ans j’ai perdu un ami important.

J’ai écrit des récits d’autofiction, des poèmes de saoulon, des notes de blogues, deux longs essais philosophiques, j’ai fait des dessins de beubittes et de monstres. À 33 ans on m’a parlé comme si j’étais un auteur. À 33 ans on m’a lu. J’ai participé à l’aventure Terreur Terreur. Je me suis engueulé dans les commentaires, j’ai assisté aux batailles des autres. À 33 ans j’ai lu mes amis.

À 33 ans je me suis fait une petite grande soeur et avec elle j’ai fini Super Mario 2, Super Mario 3 et Super Mario World, 52000 messages facebook et une cinquantaine de gueros mails plus tard. À 33 ans j’ai raconté ma vie comme une histoire, j’ai écouté la sienne de la même manière. À 33 ans j’ai squatté dans le Manoir Deluxe de la sylvidre aux cheveux verts.

À 33 ans autour de moi le malheur frappait comme la foudre. L’été triste de mes amis, l’été de l’injustice. Les corps malades, les esprits malades. Traitement de chimio, pilules d’antidépresseur, psychologues, fatigue intense, arrêts de travail, séjours à l’hôpital, crises de panique, infestation de punaises. Même les chats, mêmes les chattes ont séjourné à l’hôpital. Et moi je traîne mon oneitis.

J’ai enseigné la caverne de Platon, le cogito de Descartes, le nihilisme de Nietzsche, la liberté de Sartre. Des centaines d’étudiants m’ont entendu vociférer, m’ont vu suer et gesticuler, me beurrer de craie et pester contre mes crayons à l’encre vide. Quelques-uns sont venus me serrer la main et moi je sortais toujours de la classe en flottant un centimètre au dessus du sol, le torse brûlant, exalté, un sourire fendu à travers le visage, amoureux de ma job.

À 33 ans trois chalazions sont entrés en éruption autour de mes yeux. Trois coups de scalpel furent donnés dans mes paupières pour les retirer et j’ai marché l’oeil sous un bandage à travers les rues de Montréal. Borgne. Pirate. À 33 ans j’ai bu trop de café, j’ai mal dormi, j’ai trainé mon iPad dans le lit durant les nuits d’insomnie. À 33 ans j’ai traversé la ville à pieds d’un bord à l’autre à répétition.

À 33 ans j’ai donné un cours en plein air avec un chandail de Deleuze-Guattari, un carré rouge et un micro. Je me suis engueulé avec mon père à propos de la hausse. J’ai scandé durant mon cours dehors que mon père est riche en tabarnak.

Au Il Motore, j’ai vu the Twilight Sad collé sur le stage, j’ai headbangé devant Skeletonwitch à m’en arracher la tête, j’ai beurré un kleenex entre chacune des tounes de Radiohead au Centre Bell, perdu la moitié de mes cellules auditives grâce à Mogwai au Métropolis. J’ai fait le tour du parc maisonneuve avec The Sound, j’ai marché tête basse à Villeray avec Swans, je me suis lové au fond d’un taxi en pleine nuit avec Chromatics. J’ai donné du tip à une trentaine de taxis et j’ai rôdé les tunnels darques avec les amis de la musique souterraine.

J’ai passé des centaines d’heures devant facebook à rédiger des statuts, à commenter, à stalker. J’ai suivi l’actualité durant la grève, j’ai tenté d’être clever pour attirer l’attention. Jeter des bûches dans le poêle pour entretenir l’amitié, être hypnotisé des heures face au vide, à cliquer partout, à siphonner des likes comme si c’était de l’amour. À surveiller ce qu’elle faisait. À 33 ans j’ai gaspillé du temps et je n’ai pas lu assez de livres. J’en ai acheté des dizaines quand même et j’ai oublié ma guitare dans l’armoire.

J’ai mangé souvent hors de chez moi. J’ai oublié ma vaisselle sur le comptoir. J’ai sorti les poubelles et le recyclage, j’ai flatté mon chat. J’ai veillé sur le balcon. J’ai abandonné ma religion.

À 33 ans j’étais Drunkziak. J’ai bu davantage d’alcool que durant les dix années précédentes. De la bière. J’ai dansé saoul avec un abat-jour sur la tête entouré de dizaines d’auteurs de bande-dessinée. Du rhum. Du scotch. J’ai chanté saoul la chanson de Saint-Seiya sur un bixi avec Mathieu Arsenault. Du whisky. De la vodka. Oh combien de bixaouls j’ai piloté à travers le Plateau et Rosemont et Villeray. Du vin. J’ai vomi de la bile avant d’aller rejoindre la chambre vide de celle que je convoitais en vain. De l’hydromel. Je suis tombé en amour pour rien.

À 33 ans j’ai eu plus que ma dose de tristesse. Je suis devenu emoziak. Quelques fous rires m’ont fait tomber de ma chaise et hors du lit. J’ai eu du fonne, je me suis ennuyé, j’ai angoissé, j’ai eu de la peine, j’ai eu le rhume, j’ai éternué. J’étais seul et j’étais accompagné. À 33 ans j’étais obsédé la moitié du temps. À 33 ans je l’ai cherchée et je l’ai fui dans les rues de Villeray. À 33 ans j’ai contemplé le ventre des avions par en-dessous sur mon balcon. Sadziak, plane porn.

J’ai été soulevé par l’espoir, par le battement des casseroles dans les rues. Le tapage m’a assourdi sur Laurier, sur Masson, à travers Villeray et Rosemont. J’ai marché avec l’Anarchopanda, j’ai pété trois cuillères de bois en tapochant sur un chaudron. J’ai porté une grande pancarte « même ma chatte est contre la hausse » à travers les rues de Montréal, j’ai accompagné un ami et sa pancarte de Ewoks et leur chanson de la victoire Yub Nub, j’ai crié des slogans incompréhensibles, j’ai été transporté pour la première fois par une cause plus grande que moi. Une cause qui a vaincu, pour une fois.

À 33 ans une fille m’a arraché mes jeans dans ma cuisine, une autre m’a entrainé dans son lit. À 33 ans j’ai souvent oublié de regarder du porn. À 33 ans une fille m’a dit qu’elle n’était pas apte à avoir une relation. Un mois plus tard, elle était avec un autre. Un autre que je connais trop. À 33 ans je l’ai perdue et je n’ai pas réussi à l’oublier.

À 33 ans j’ai vu l’Islande, son soleil suspendu au-dessus de l’océan à minuit – Sólstafir, rayons crépusculaires. J’ai vu les montagnes dénudées, vertes phosphorescentes, les déserts volcaniques, les champs de lave recouverts de mousses. J’ai marché dans les hauteurs de Skógar, traversé le sable noir de Vík í Mýrdal, été ébloui par le paysage tordu de Landmannalaugar, eu le souffle coupé par la vision des glaciers en embuscade au dessus des montagnes de Skaftafell. Le bleu électrique éblouissant de la lagune glaciaire de Jökulsárlón m’a viré à l’envers et j’ai passé dix jours sans parler à personne.

À 33 ans j’ai bu du Brennivín en rigolant dans ma chambre à l’ombre de la cathédrale Hallgrímskirkja à Reykjavík. J’ai eu une crise de larmes dans une auberge de l’île de Heimaey sous le brouillard à l’ombre du volcan Eldfeld. Vestmannaeyjar blues. De cette distance je pouvais mesurer tout ce que j’avais perdu, tous ceux qui me manquaient. À mon retour j’ai été humilié par ce qui se tramait en mon absence.

À 33 ans je n’ai pas dit que l’autofiction c’est de la marde. À 33 ans j’en ai écrit et continuerai d’en écrire, encore un moment.

À 33 ans Ed Hardcore m’a dit pendant que le soleil se levait sur sa terrasse « t’es un crisse de brain mais tu te laisses trop diriger par tes émotions. »

C’était 33 ans, l’âge du christ, l’âge où Jésus fut crucifié. J’y ai survécu avec quelques cicatrices de plus, peut-être pas une couronne d’épines, peut-être pas des clous dans les paumes, mais ça a fait mal quand même, j’ai des gales, j’ai des poques, j’ai des bleus, mais ce n’est pas grave, je m’essuie, je me relève, je recommence. À 33 ans il y a eu de la lumière aussi, il y a eu les amis, et je suis toujours là.

Une bonne année? Une mauvaise?

Aucune idée, mais elle est terminée.