Archive for the ‘Internet’ Category

Bilan de l’âge du christ

25 septembre 2012



À l’âge de 33 ans m’a vie s’est fendue et réorientée sous un angle différent. Séisme, glissement de terrain. Ma blonde est partie. J’ai vécu seul dans de grandes pièces froides, de grandes pièces vides, dans le fond du désert de Rosemont. J’ai vécu seul dans un long appartement en pente suspendu au-dessus de Villeray.

À 33 ans j’ai été injoncté, unfriendé, trahi.

Les menaces judicaires suspendues au-dessus de ma tête, les autos de police devant le collège Montmorency sous la pluie. Un message de marde sur facebook envoyé complètement saoul à 3 heures du matin pour me faire unfriender le lendemain. À 33 ans il m’a juré à trois reprises qu’il ne ferait rien mais il l’a fait quand même.

À 33 ans, j’ai participé aux lancements, j’ai assisté aux lectures, je suis resté jusqu’à la fin de tous les partys. J’ai jasé avec les auteurs, les dessinateurs, les poètes, les profs, les artistes, les comiques, les fuckés. J’ai eu des conversations, des discussions, des débats. J’ai parlé jusqu’à plus soif. Je me suis couché au lever du soleil, je me suis fait de nouveaux amis, j’ai renoué avec les anciens. À 33 ans j’ai perdu un ami important.

J’ai écrit des récits d’autofiction, des poèmes de saoulon, des notes de blogues, deux longs essais philosophiques, j’ai fait des dessins de beubittes et de monstres. À 33 ans on m’a parlé comme si j’étais un auteur. À 33 ans on m’a lu. J’ai participé à l’aventure Terreur Terreur. Je me suis engueulé dans les commentaires, j’ai assisté aux batailles des autres. À 33 ans j’ai lu mes amis.

À 33 ans je me suis fait une petite grande soeur et avec elle j’ai fini Super Mario 2, Super Mario 3 et Super Mario World, 52000 messages facebook et une cinquantaine de gueros mails plus tard. À 33 ans j’ai raconté ma vie comme une histoire, j’ai écouté la sienne de la même manière. À 33 ans j’ai squatté dans le Manoir Deluxe de la sylvidre aux cheveux verts.

À 33 ans autour de moi le malheur frappait comme la foudre. L’été triste de mes amis, l’été de l’injustice. Les corps malades, les esprits malades. Traitement de chimio, pilules d’antidépresseur, psychologues, fatigue intense, arrêts de travail, séjours à l’hôpital, crises de panique, infestation de punaises. Même les chats, mêmes les chattes ont séjourné à l’hôpital. Et moi je traîne mon oneitis.

J’ai enseigné la caverne de Platon, le cogito de Descartes, le nihilisme de Nietzsche, la liberté de Sartre. Des centaines d’étudiants m’ont entendu vociférer, m’ont vu suer et gesticuler, me beurrer de craie et pester contre mes crayons à l’encre vide. Quelques-uns sont venus me serrer la main et moi je sortais toujours de la classe en flottant un centimètre au dessus du sol, le torse brûlant, exalté, un sourire fendu à travers le visage, amoureux de ma job.

À 33 ans trois chalazions sont entrés en éruption autour de mes yeux. Trois coups de scalpel furent donnés dans mes paupières pour les retirer et j’ai marché l’oeil sous un bandage à travers les rues de Montréal. Borgne. Pirate. À 33 ans j’ai bu trop de café, j’ai mal dormi, j’ai trainé mon iPad dans le lit durant les nuits d’insomnie. À 33 ans j’ai traversé la ville à pieds d’un bord à l’autre à répétition.

À 33 ans j’ai donné un cours en plein air avec un chandail de Deleuze-Guattari, un carré rouge et un micro. Je me suis engueulé avec mon père à propos de la hausse. J’ai scandé durant mon cours dehors que mon père est riche en tabarnak.

Au Il Motore, j’ai vu the Twilight Sad collé sur le stage, j’ai headbangé devant Skeletonwitch à m’en arracher la tête, j’ai beurré un kleenex entre chacune des tounes de Radiohead au Centre Bell, perdu la moitié de mes cellules auditives grâce à Mogwai au Métropolis. J’ai fait le tour du parc maisonneuve avec The Sound, j’ai marché tête basse à Villeray avec Swans, je me suis lové au fond d’un taxi en pleine nuit avec Chromatics. J’ai donné du tip à une trentaine de taxis et j’ai rôdé les tunnels darques avec les amis de la musique souterraine.

J’ai passé des centaines d’heures devant facebook à rédiger des statuts, à commenter, à stalker. J’ai suivi l’actualité durant la grève, j’ai tenté d’être clever pour attirer l’attention. Jeter des bûches dans le poêle pour entretenir l’amitié, être hypnotisé des heures face au vide, à cliquer partout, à siphonner des likes comme si c’était de l’amour. À surveiller ce qu’elle faisait. À 33 ans j’ai gaspillé du temps et je n’ai pas lu assez de livres. J’en ai acheté des dizaines quand même et j’ai oublié ma guitare dans l’armoire.

J’ai mangé souvent hors de chez moi. J’ai oublié ma vaisselle sur le comptoir. J’ai sorti les poubelles et le recyclage, j’ai flatté mon chat. J’ai veillé sur le balcon. J’ai abandonné ma religion.

À 33 ans j’étais Drunkziak. J’ai bu davantage d’alcool que durant les dix années précédentes. De la bière. J’ai dansé saoul avec un abat-jour sur la tête entouré de dizaines d’auteurs de bande-dessinée. Du rhum. Du scotch. J’ai chanté saoul la chanson de Saint-Seiya sur un bixi avec Mathieu Arsenault. Du whisky. De la vodka. Oh combien de bixaouls j’ai piloté à travers le Plateau et Rosemont et Villeray. Du vin. J’ai vomi de la bile avant d’aller rejoindre la chambre vide de celle que je convoitais en vain. De l’hydromel. Je suis tombé en amour pour rien.

À 33 ans j’ai eu plus que ma dose de tristesse. Je suis devenu emoziak. Quelques fous rires m’ont fait tomber de ma chaise et hors du lit. J’ai eu du fonne, je me suis ennuyé, j’ai angoissé, j’ai eu de la peine, j’ai eu le rhume, j’ai éternué. J’étais seul et j’étais accompagné. À 33 ans j’étais obsédé la moitié du temps. À 33 ans je l’ai cherchée et je l’ai fui dans les rues de Villeray. À 33 ans j’ai contemplé le ventre des avions par en-dessous sur mon balcon. Sadziak, plane porn.

J’ai été soulevé par l’espoir, par le battement des casseroles dans les rues. Le tapage m’a assourdi sur Laurier, sur Masson, à travers Villeray et Rosemont. J’ai marché avec l’Anarchopanda, j’ai pété trois cuillères de bois en tapochant sur un chaudron. J’ai porté une grande pancarte « même ma chatte est contre la hausse » à travers les rues de Montréal, j’ai accompagné un ami et sa pancarte de Ewoks et leur chanson de la victoire Yub Nub, j’ai crié des slogans incompréhensibles, j’ai été transporté pour la première fois par une cause plus grande que moi. Une cause qui a vaincu, pour une fois.

À 33 ans une fille m’a arraché mes jeans dans ma cuisine, une autre m’a entrainé dans son lit. À 33 ans j’ai souvent oublié de regarder du porn. À 33 ans une fille m’a dit qu’elle n’était pas apte à avoir une relation. Un mois plus tard, elle était avec un autre. Un autre que je connais trop. À 33 ans je l’ai perdue et je n’ai pas réussi à l’oublier.

À 33 ans j’ai vu l’Islande, son soleil suspendu au-dessus de l’océan à minuit – Sólstafir, rayons crépusculaires. J’ai vu les montagnes dénudées, vertes phosphorescentes, les déserts volcaniques, les champs de lave recouverts de mousses. J’ai marché dans les hauteurs de Skógar, traversé le sable noir de Vík í Mýrdal, été ébloui par le paysage tordu de Landmannalaugar, eu le souffle coupé par la vision des glaciers en embuscade au dessus des montagnes de Skaftafell. Le bleu électrique éblouissant de la lagune glaciaire de Jökulsárlón m’a viré à l’envers et j’ai passé dix jours sans parler à personne.

À 33 ans j’ai bu du Brennivín en rigolant dans ma chambre à l’ombre de la cathédrale Hallgrímskirkja à Reykjavík. J’ai eu une crise de larmes dans une auberge de l’île de Heimaey sous le brouillard à l’ombre du volcan Eldfeld. Vestmannaeyjar blues. De cette distance je pouvais mesurer tout ce que j’avais perdu, tous ceux qui me manquaient. À mon retour j’ai été humilié par ce qui se tramait en mon absence.

À 33 ans je n’ai pas dit que l’autofiction c’est de la marde. À 33 ans j’en ai écrit et continuerai d’en écrire, encore un moment.

À 33 ans Ed Hardcore m’a dit pendant que le soleil se levait sur sa terrasse « t’es un crisse de brain mais tu te laisses trop diriger par tes émotions. »

C’était 33 ans, l’âge du christ, l’âge où Jésus fut crucifié. J’y ai survécu avec quelques cicatrices de plus, peut-être pas une couronne d’épines, peut-être pas des clous dans les paumes, mais ça a fait mal quand même, j’ai des gales, j’ai des poques, j’ai des bleus, mais ce n’est pas grave, je m’essuie, je me relève, je recommence. À 33 ans il y a eu de la lumière aussi, il y a eu les amis, et je suis toujours là.

Une bonne année? Une mauvaise?

Aucune idée, mais elle est terminée.

Le monde des blogues littéraires et de bande-dessinée au Québec en 2012

24 mars 2012


(Cliquez sur l’image pour agrandir – et pour réussir à lire les titres!)

C’est une carte hyper subjective et biaisée, loin d’être exhaustive, je n’ai inclus que les blogues que je visite le plus souvent, et pour la plupart ce sont ceux de mes amis, mais tranquillement j’en découvre d’autres et je pourrai un jour les ajouter. Pour trouver des liens vers les sites de la carte :

1) Cliquez en haut de la page sur l’entête avec le logo Darnziak.
2) Cliquez sur les liens dans les listes « Ailleurs – Écrits » et « Ailleurs – Images » dans la colonne de droite.

Pour fins de comparaison, voilà la version 2006 :

Les questions de Lora Zepam (Tague II)

22 mars 2012

Je continue de me prêter au jeu de la tague en souvenir de l’âge d’or des blogues. Je commence en répondant aux questions de Lora Zepam, collaboratrice à Terreur! Terreur!, sylvidre aux cheveux verts, fille-geek meilleure que moi à Super Mario World, cheerleader en chef de Darnziak, amie.

1. Pourquoi?
a) Pourquoi : Pour-quoi, dans quel but, vers quel objectif, dans quelle direction? Quel est le sens de tout cela, vers quel déroulement se dirige l’univers, vers quel développement nos vies s’écoulent-elles? À quoi ça sert? Existe-t-il une téléologie ou tout n’est qu’accident, hasard, contigence, chaos? Où allons-nous? Nulle part? Ailleurs que vers le vide, le néant, la mort thermique de l’univers? Vers une réalisation, un accomplissement, vers la beauté, la vérité, le bien?

b) Pourquoi : Pourquoi faisons-nous cela, quelles en sont les raisons cachées, les motivations inconscientes, les causes dissimulées, secrètes, peut-on remonter à l’origine? Comment sommes-nous arrivés jusqu’ici? D’où venons-nous? Autrement qu’en jaillissant du big bang?

c) Est-ce qu’il y a une signification? Tout cela veut-il dire quelque chose? Une morale à cette histoire bruyante et furieuse?

Pourquoi – cette question se projette à l’infini vers le passé et l’avenir – mais ne peut que se poser qu’au présent.

C’est la plus belle question.

C’est la question de la philosophie.

Je n’ai pas encore de réponse.

Je cherche.

2. Où t’as mis les clés?
Dans l’entrée, dans la bibliothèque, toujours. Quand je sors, toujours dans mes poches. J’ai une phobie terrible d’oublier mes clés, de m’enfermer dehors. Ça m’est arrivé une fois. J’ai attendu ma blonde dans le parc Kent pendant trois heures, espérant à chaque lumière verte que son auto glisse dans la rue Appleton. Maintenant, j’attendrais pour rien. L’autre exemplaire de la clé, elle l’a gardé, je ne voudrais pas l’appeller pour ça. Le propriétaire a échappé sa clé dans la neige, il l’a perdu. Je serais coincé.

Ces jours-ci je passe mon temps à tout oublier et tout perdre – mon exemplaire dédicacé de Atavismes de Raymond Bock, ma tuque, mon parapluie – je suis plus distrait que jamais. Chaque fois je me dis : « ce n’est plus qu’une question de temps avant que je finisse par oublier mes clés. » Embarré hors de chez moi pour toujours. Forever alone in Rosemont.

Il y a une autre possibilité, mais j’aurais honte d’y recourir une deuxième fois. Voir question 9.

3. Quel est ton plus beau souvenir lié à l’école?
En troisième année, on était dans le local d’art plastique et je parlais tout le temps avec mon ami. Je dérangeais tout le monde et la professeure s’est fâchée, elle m’a envoyé en punition tout seul dans notre grande classe déserte. Je me souviens pas que ça m’ait choqué tellement, ou humilié. Pourtant tout le monde m’a vu partir, m’en aller seul. Je me souviens que c’était sombre dans la classe vide et que j’avais de la difficulté à voir ce que je dessinais. Le groupe a commencé a revenir dans la classe une demie heure après – je n’avais pas vu le temps passer. La prof est venue voir comment je m’étais débrouillé. Elle a pris mon dessin, est allée en avant de la classe et l’a montré à tout le monde.

— Regardez! C’est le dessin que Jean-Philippe a fait!
— Wow!
— Hein, c’est lui qui a fait ça?
— C’est beau!
— Félicitez-le!

Tout le monde m’a applaudi.

C’est à ce moment que j’ai compris que j’ai un talent en dessin.

* * *

Si j’avais fait une carrière en illustration ou comme auteur de bande-dessinée, je raconterais cette anecdote comme la naissance de ma vocation.

Il n’est peut-être pas trop tard.

Je ne me souviens pas du tout de ce que j’avais dessiné.

4. Me prêterais-tu 100$?
Si tu cesses de vouloir me prêter 20$ chaque fin de soirée où je me retrouve le porte-feuille vide par ma propre faute (c’est-à-dire à chaque fois), avec pliaisir!

(Pour les autres : Oui, pliaisir, ce n’est pas une coquille. C’est ce qu’on appelle un inside).

5. De quoi a l’air la maison de tes rêves?
Sur le bord du fleuve à perte de vue, sur la Côte-Nord. J’ai vécu dedans entre 1985 et 1989. Nostalgie. La vue, de l’autre côté de la rue, en face :

Je rêve de m’acheter un chalet sur la Côte-Nord. Ce n’est pas tant la maison qui est importante que l’endroit où elle est située. Près du fleuve, ou bien au fond de la forêt.

6. Quel est le premier show que tu as vu? Je veux des détails!
Iron Maiden, Auditorium de Verdun, 9 Février 1996. Avec mes amis Jasmin, Palardy, Mario et son cousin J. que j’avais convertis à Maiden à l’époque du secondaire. Iron Maiden dans une petite place comme ça, comment ça? Ils ne font pas toujours le centre Bell, eux autres? Parce que dans ce temps-là, c’était une période creuse, au milieu des années 90 le métal déclinait en popularité, c’était l’époque du grunge, du pop punk, de d’autres affaires qu’on appellait en gros « l’alternatif », le métal n’était plus cool du tout (en fait, il ne l’a jamais été, sauf pour de mauvaises raisons). Mais surtout, le chanteur Bruce Dickinson avait quitté le groupe, Maiden en arrachait, ils venaient d’embaucher un nouveau chanteur, Blaze Bayley, loin de faire l’unanimité, c’était la tournée de l’album The X Factor, album controversé, lent, sombre, torturé, presque léthargique, à la production douteuse (Allmusic lui donne 2 sur 5, pour vous donner une idée).

Ce n’était pas grave. J’acceptais tout cela avec résignation. J’avais commencé à écouter Maiden en 1993 alors que Dickinson venait de partir – pour moi, son départ était un simple fait. Je me concentrais sur le fait que j’allais voir Steve Harris en personne. Iron Maiden, après tout, c’est lui. Il a écrit toutes mes chansons préférées. Pour moi, Maiden était vivant et j’allais enfin voir le seul groupe que j’avais écouté de tout mon secondaire 5. Des mois à se repasser Powerslave en boucle, à user mes cassettes de Piece of Mind, Somewhere in Time et Seventh Son of a Seventh Son. Complètement anachronique, en retard de 10 ans, obsédé comme seul un geek peut l’être.

On était jeunes. 17-18 ans. Un peu intimidés par les hordes de métalleux hirsutes et saouls, plus vieux que nous, on s’est installés dans le fin fond de la salle, dans les gradins. On était loin, mais on voyait assez bien, rien ne nous cachait. On était énervé. On criait avant que ça commence : « Maiden! Maiden! Maiden! »

Bayley était enragé, aggressif, comme s’il voulait prouver quelque chose, prendre sa place, nous faire oublier Dickinson. Il avait l’air fâché, serrait les poings, comme s’il menaçait la foule. Quand on a l’a revu au show de la tournée de Virtual Eleven, deux ans plus tard, il était devenu bedonnant, il portait une casquette à l’envers pour cacher sa calvitie, il avait l’air absent, ça ne fonctionnait plus – Dickinson a fini par revenir. Mais en 1996, Bayley était en feu, et mes amis et moi on trippait comme des malades. Steve Harris courrait partout, Gers faisait le singe, Murray souriait jusqu’au fond de la salle, on ne voyait pas Nicko McBrain caché derrière son drum, mais il défonçait la place. On capotait! On headbangait, on chantait les refrains ensemble, Palardy « chantait » même les solos si fort qu’il enterrait le groupe dans mes oreilles. Pas grave! J’étais heureux de voir mes amis tripper autant, je me disais que c’était de ma faute, je leur avais passé mes cassettes, j’étais fier.

J’ai hurlé les paroles toute la soirée de toute mes forces. Je les connaissais toutes par cœur – j’avais tout soigneusement étudié. J’ai complètement perdu la voix pour trois jours. Dans le métro je ne pouvais plus dire un mot à mes amis. En embarquant dans le wagon, j’ai entendu « Ouin, tsé, Dickinson, c’est Dickinson… » J’ai fait la sourde oreille. Personne n’allais gâcher ma soirée.

J’ai vu Maiden sept autres fois ensuite, souvent avec les mêmes amis.

* * *

J’ai un bootleg vidéo VHS en ultra mauvaise qualité de ce spectacle, quelque part chez mes parents, je le réécouterais bien, je pourrais faire une contribution à l’humanité et téléverser ça sur youtube.

7. Quel est ton animal préféré? Pourquoi?
Le chat. Je n’ai pas le choix. Je vis chez lui :

Il s’appelle Chi. Il va bouder si j’ose dire autre chose.

8. Mangerais-tu ton animal préféré?
Jamais (hamah). Je ne mange plus d’animaux. Sauf les poissons, parce qu’ils sont laids et méritent de mourir. Ou parce qu’un parasite extraterrestre logé dans mon lobe temporal réclame sa dose hebdomadaire de mercure pour survivre.

Ou parce que je suis faible. Mais j’en mange pas souvent. Pardon.

9. Oserais-tu me raconter un moment gênant?
Oui, mais je suis un peu gêné.

À Côte-des-neiges, notre laveuse et sécheuse étaient dans le sous-sol du bloc. Il fallait passer par le solarium pour y aller, puis descendre un escalier étroit en colimaçon. Un journée, en remontant avec mon panier vide, je réalise que la porte du solarium est verrouillée. Le propriétaire, quand il avait posé les plastiques sur les fenêtres, avait appuyé sur le bouton pour que la porte se barre automatiquement. Je viens de m’embarrer en dehors de chez moi. Je suis prisonnier du solarium. Dans la cuisine, la musique continue de jouer à tue tête – je venais de partir un album de mp3, il y en a pour 10 heures là-dedans. Par la vitre je vois le chat qui miaule, il veut rendre visite à sa litière, qui pue derrière moi dans le solarium. C’est l’hiver, la pièce n’est pas chauffée. Il fait froid. Je suis en pantoufles, mon chandail et mes jeans sont couverts de poils de chats. Je n’ai pas encore pris ma douche, je suis sale, échevelé, pas rasé. Il est 9 heures le matin, ma blonde est au travail, ne reviendra pas avant 17 heures. Je dois partir au travail à 13h.

Je ne peux pas sortir comme cela – je n’ai pas mes clés, pas de porte monnaie, habillé tout croche. Je descend chez le propriétaire qui habite en bas. Il va m’aider. Je cogne. Personne ne répond. Il n’est pas là. J’ouvre timidement la porte du garage, ne sachant que faire d’autre. Je me promène, tourne en rond, réfléchi. Il y a un vieux téléphone à roulette dans le coin de l’établi! Je pourrais appeler ma blonde. Mais elle ne voudra pas rentrer pour ça. Elle ne peut quitter son travail pour une raison aussi stupide. Traverser la ville pour venir ici lui prendrait trop de temps. Je ne sais pas quoi faire, je me sens con.

J’appelle le 411, demande le numéro d’un serrurier. Je me force pour le retenir par cœur, je n’ai pas de crayon pour le noter. J’explique la situation en me sentant profondément stupide. Le monsieur trouve ça comique, au contraire. Ça semble arriver tout le temps. Je lui dit de ne pas oublier de passer par en arrière. J’attends. Longtemps. Il fait trop froid dans le solarium, j’attends en bas, dans le garage chauffé. J’entends la sonnette de l’entrée. Il ne m’a pas écouté! Je pars à courir. Je sors dehors en pantoufles. Il y a de la neige, des plaques de glace. Je suis en petit chandail plein de poils de chat. Je fais le tour du bloc, arrive en avant. Fais signe au monsieur – c’est par ici!

Il me suit, monte dans le solarium, sort ses outils. Rigole un peu. Démonte la serrure. Ouvre la porte. Remonte la serrure.

Me refile une belle facture d’une quarantaine de dollars, encore avec le sourire aux lèvres. Je me sens niaiseux, mais je suis étrangement content. Soulagé. Aucun problème que l’argent ne peut régler.

J’entre chez moi et éteint enfin la maudite musique. Chi se précipite dans le solarium.

Depuis ce jour, j’ai la phobie de m’embarrer dehors.

10. Quel est le sens de la vie?
Voir question 1.

Je disais ne pas avoir de réponse. Ce n’est pas tout à fait vrai. J’ai une sorte de réponse provisoire, rafistolée tout croche, qui me permet de vivre.

Je la résumerais ainsi :

Nous sommes ici pour s’éveiller avant qu’il ne soit trop tard.

11. Si je te rembourse pas les 100$ que tu m’as prêtés, tu fais quoi pour les ravoir?
Rien. Je te les donnes.

* * *

À venir :
- Les questions du Prince Stéphane Ranger (Tague III)

Archéologie des blogues (Tague I)

19 mars 2012


La blogosphère littéraire québécoise – circa 2006. Combien de lieux sont encore habités aujourd’hui?

Autrefois, à l’époque de l’âge d’or des blogues littéraires au Québec (2004-2006 environ), on parlait d’une entité trouble nommée la blogosphère. Ce terme maintenant obsolète référait à l’écosystème que formait entre eux les blogues – on s’y promenait de lien en lien, comme entre les branches d’un labyrinthe ramifié, on plongeait dans les systèmes de commentaires bondés d’amis et infestés d’anonymes, on se lançait des défis les uns les autres, on s’arrachait les cheveux, on s’amusait. Chaque blogue était une petite monade vivante dans un monde plus vaste, chaotique et fourmillant, que j’ai tenté de croquer dans sa phase terminale en 2006 (ci-dessus).

L’arrivée des réseaux sociaux vers 2007 a mis fin à cette époque. Les blogues existent encore mais il n’y a plus de blogsophère – les liens entre les blogues sont rompus. On arrive maintenant sur les blogues par l’entremise d’un lien partagé sur facebook et twitter – on ne circule plus d’un blogue à l’autre. Les visiteurs atterrissent sur un article, puis ferment leur onglet. Le partage sur facebook correspond à un pic de visites, puis le blogue redevient désert ensuite. Les blogues existent en périphérie de facebook au lieu de constituer un monde central comme autrefois.

Relique d’époques lointaines, vestiges évolutifs :
- Les systèmes de commentaires – autrefois théâtre de guerres de flammes violentes – possèdent maintenant des contrôles de sécurité en béton armé pour éviter les débordements. Ils sont si pénibles à utiliser qu’on préfère maintenant commenter sur facebook, à la place. D’où les systèmes de commentaires déserts.

- Le « blogroll » à droite, liste de liens à visiter, souvenir de l’époque où on circulait de blogue à blogue. Mes statistiques indiquent que personne ne clique sur ces liens. Ironie : à l’époque, je refusais d’afficher une telle liste, maintenant j’y tiens, même si elle est devenue inutile.

- Finalement, ce qui nous occupera ici : la « tague ». Deux amis – Lorazepam et Le Prince – m’ont « tagué ». Je dois d’abord révéler 11 choses qu’on ignore sur moi, puis répondre à leur série de questions. Je vais me prêter au jeu, en souvenir de la blogosphère d’autrefois, aujourd’hui disloquée et émietté, question de garder vivants quelques passages entre nos blogues.

Il faudrait ensuite que je « passe la tague » à d’autres. Je n’en ferai rien. J’ai toujours été celui qui tuait les chaînes de lettres dans l’œuf et qui invitait sur sa tête des années de malheur exponentielles – en cassant soixante-dix-sept fois tous les miroirs qui croisent mon chemin.

* * *

Onze choses qu’on ne sait peut-être pas à propos de Darnziak
Je vais prendre un thème, comme ça, pour le fonne : nostalgie de l’internet d’antan. C’est parti pour une collection de vieux design graphique laid, retour aux années 90.

1) Mes surnoms sur les BBS et sur internet
1994 : Albator
1995 : Trooper
1996 : Troupeur
1997 : Telesphore
1998 : Mr.Anti-IRC
1999 : Darnziak (jusqu’à aujourd’hui)

2) J’ai connu les BBS
Avant internet, j’allais sur les BBS (Bulletin Board System). On se branchait par modem sur l’ordinateur d’un particulier, une personne à la fois. Sur un puissant 486 je téléchargeais des jeux et échangeait des messages obsessifs hyper-analytiques à propos d’eux. Un de mes amis avait découvert un site de « GIF de cul ». Plus d’une heure de téléchargement pour recevoir des photos 320×200 hyper pixelisées de femmes de cinq cent livres recouvertes de matières fécales qui donnent envie de vomir.

3) Je suis sur internet depuis 1994
En 1994, par l’entremise d’un BBS (donc sans rien payer), j’obtiens ma première adresse courriel, je fais mes premières discussions sur les newsgroups, je visite des pages web en mode texte avec le fureteur Lynx. Ce qui épatait, à l’époque, était la possibilité de discuter « avec des gens de partout dans le monde » – cela s’est perdu progressivement, on s’est mis à discuter seulement « avec les gens de notre région » et maintenant, sur facebook, on se contente de nos collègues de travail et de nos amis proches. Dans le temps, grâce à l’autoroute de l’information, j’échangeais des cassettes VHS d’anime avec des américains, des français, et même un suédois au Japon. Dragon Ball et les Chevaliers du Zodiaque, entièrement inconnus au Québec.

4) Ma première page web date de 1996
En 1995 : mon premier accès graphique à internet, avec Netscape 1.0 dans Windows 3.1, toujours sur un modem 14.4. Quarante heures maximum par semaine. Les pages ont des fonds gris, des liens bleus, internet est tout petit et tranquille.

Je ne sais plus dans quel programme j’ai fait ce logo. Ce n’était pas photoshop.

L’an suivant, je bricole une première page web à l’aide d’un éditeur HTML du nom de Hotdog Pro. Son titre : The ultimate destruction of the universe – le nom d’un groupe de métal fictif inventé au cégep pour faire rire mes amis. Au début, j’écrivais seulement en anglais : on dirait qu’il n’y avait personne d’autre que moi sur internet qui partageait ma langue. La page traitait de sujets geeks : le Colecovision, le Commodore 64, Final Fantasy, Megaman, Dragon Ball, Iron Maiden. En avance sur mon temps, j’étais déjà nostalgique de tout cela – alors que cela venait à peine de se terminer. Il n’y avait presque aucune image mais des récits obsessifs à propos de l’expérience de jouer à mes jeux favoris – j’anticipais sur le new game journalism. Ma page de Maiden était répertoriée sur yahoo, avec les trois autres, les seules de tout le cyberespace. Il n’y avait pas encore de site officiel, rien du tout à ironmaiden.com, seulement des fan pages. C’était la préhistoire.

5) J’étais accro à IRC
En 1997, amoureux d’une fille en secret, en silence, comme un con tout seul dans mon coin, incapable d’en parler à quiconque. Je me « confie » (lire : vide mon sac) à des inconnus aléatoires sur IRC et devient accro. Tellement que je cesse de jouer à des jeux vidéo et passe toutes mes soirées à chatter. IRC est un système pour clavarder en temps réel – de vastes serveurs mondiaux grouillants d’anonymes prêt à parler de n’importe quoi à toute heure du jour ou de la nuit. (IRC existe encore et n’a pas changé en 15 ans, vérifiez par vous-même).


En 1998, je monte une page contre IRC : À MORT IRC. Peut-être ma page la plus visitée jusqu’à ce jour (plus de 35000 visites, des centaines de courriels reçus). Les premières idées de cette page viennent d’un brainstorm lancé sur IRC avec mes amis, pendant que je « travaillais » dans une boîte d’informatique. Oui, je chattais sur la job. Ce n’est pas d’hier qu’internet fait chuter la productivité en entreprise.

6) J’ai maintenu des pages webs de métal très populaire
En 1996 : Trooper’s Metal Page. Ça parle de power metal : Blind Guardian, Helloween, Gamma Ray, Stratovarius, etc.


Gigantesque logo réalisé dans un programme 3D dont j’oublie le nom. Je ne l’ai pas rapetissé – à l’époque cette image était si énorme qu’elle prenait toute la largueur de l’écran. Résolution : 600×480.


Affreux dessin de moi en metalhead fait dans mspaint (?), 1997.

En 1998 : Beyond Death. Ça parle de death métal mélodique pour commencer. Des critiques très détaillées de In Flames, Dark Tranquillity, Opeth, Dissection, At the Gates, etc. Je trippais sur la scène de Gothenburg, très vivante à l’époque.

Encore un autre logo en 3D. C’était la mode.

Je démarre un forum de discussion avec l’aide d’un internaute américain : des centaines de personnes de partout dans le monde y participent. Nous devons faire face à plusieurs infestations de trolls. Vers 1999, j’inclus sur ma page des critiques de black metal norvégien.

7) J’étais accro à ICQ et à msn
Qui ne l’était pas?

8) J’ai publié de longues histoires absurdes sur le net
Au secondaire, on avait agit d’une façon fort méchante envers un de nos amis. On l’avait carrément « sacré dehors de notre table ». J’avais honte de cela : j’aurais très bien pu subir le même sort, moi aussi – personne n’est à l’abri du syndrome du bouc émissaire.

Quand j’étais au cégep, j’ai retrouvé cet ami sur IRC – et au lieu de m’excuser et de tenter de me réconcilier avec lui directement, j’ai pris un détour un peu plus subtil. Je me suis mis à déconner dans le channel IRC où il se tenait chaque soir – je déblatérais les conneries les plus absurdes qui pouvaient me passer par la tête, dans le but de le faire rigoler. Puis je me suis mis à chatter avec lui en privé, lui balançant des tas de niaiseries à vitesse supersonique. Leur signification secrète était : « Je regrette ce qui s’est passé, peut-on être amis à nouveau? ». J’ai fini par écrire de petites histoires basées sur nos déconnages de l’époque. C’était le personnage de Gnorfe, qui devait traverser des mondes fantastiques dans le but de devenir un oracle nasal, dans une cérémonie où il devait s’arracher le nez.

Les aventures de Gnorfe : La trilogie des claques-sua-yeule.

Volume 1
« À reculons les yeux fermés – L’antre de la grange du désespoir »


Volume 2
« Par en avant par en arrière – Dans les griffes de la dentisterie des ténèbres »

Quelques titres de chapitres, pour vous donner une idée :
Chapitre 1 – La menace des perforateurs de gencives aériens
Chapitre 4 – Vomissement abracadabrants dans l’urinoir calcaire du crépuscule
Chapitre 5 – Séquelles mentales suivant une conversation avec une roche
Chapitre 11 – Confrontation finale au pied du trône gastrique du destin
Chapitre 12 – Résurrection des Flalgmes et congrès des actionnaires du néant


Volume 3
« Latéralisation horizontale – L’ultime destruction totale de l’univers »

Scénario : Gnorfe se pète le petit orteil sur le coin de sa table de chevet et décide de détruire l’univers en guise de rétribution. Inachevé.

Les chapitres :
Chapitre 1 – Création du plan de l’ultime destruction totale de l’univers
Chapitre 2 – Destruction des sentiments émotifs et des émotions sentimentales
Chapitre 3 – Destruction de la moralité spirituelle et de la spiritualité moralisatrice
Chapitre 4 – Destruction de la pensée de réflexion et de l’intellect conscient
Chapitre 5 – Destruction de toute forme de vie vivante organique universelle
Chapitre 6 – Destruction des émanations sonores et ondes ondulatoires
Chapitre 7 – Destruction du spectre de la lumière et des radiations sidérales
Chapitre 8 – Destruction et déchirement du tissu spatio-temporel
Chapitre 9 – Destruction de l’infinité des dimensions de l’univers
Chapitre 10 – Destruction du chaos, de l’existence et du néant
Chapitre 11 – Destruction de la destruction de la destruction
Chapitre 12 – Destruction de Gnorfe

Je suis tout de même heureux qu’il n’en reste nulle trace, même sur Wayback Machine.


Dernière image de Gnorfe, lorsque je tentais d’écrire un quatrième volume : Métagnorfe.

9) J’ai écrit un texte sur « l’addiction à internet » en 1999
Cela s’appelait « Écœurement d’un internaute ». Bien avant l’an 2000, les téléphones intelligents et facebook, on pouvait déjà être accro à l’os. Je l’étais. Je le suis encore.


Admirez la subtilité de l’illustration. Ouf.

10) Je faisais parti de la CEV (Communauté des écrits virtuels)
Vers 1999, avant l’arrivée des blogues, il y avait tout de même des dizaines de journaux intimes virtuels sur le net. Enfin, les francophones arrivaient en masse sur internet.

J’ai démarré ma page Anomalie a cette époque.
Je retraces les répercussions de ce site dans mes textes sur Terreur! Terreur!

Premier logo de Anomalie (Fin 1999, Début 2000) :

Deuxième logo (En 2000. Image tirée d’un scan cérébral lors d’une hémorragie. Pendant un certain temps, j’avais écrit cervical, avant qu’on ne me corrige) :

Troisième logo (même chose, mais un titre que je voulais plus positif) :

Dernier logo :

11) La signification profonde de Darnziak
Que signifie le mot « Darnziak »? Rien. C’est un mot que j’ai inventé. C’est peut-être une dérivation de « Daziarn » dans le tome 11 de la série de livres dont vous êtes le héros Loup Solitaire : Les prisonniers du temps.

Darnziak était d’abord le nom d’une planète imaginaire pour une bande-dessinée (vers 1990), puis d’un continent sombre qui abritait une race de mutants postapocalyptiques (circa 1992); pensez à une sorte de Mordor après l’hiver nucléaire. Au départ Darnziak évoquait pour moi un lieu, plutôt qu’une personne, quoique je dessinais parfois « Seigneur Darnziak », le maître des mutants. Je l’imaginais comme un humain à la peau transparente, sans pilosité, coiffé d’une couronne d’épines.

Premier logo de Darnziak – en 2000. La typographie : des chiffres en helvetica mutilés dans illustrator. J’ai complétement oublié comment faire aujourd’hui et recycle sans scrupule le même logo depuis 12 ans.

En 2000, j’ai pris Darnziak comme titre – Darnziak 1.0 – pour un site qui devait être une sorte de « magazine virtuel ». J’y écrivais des critiques de disques et de livres, en français cette fois. Plus tard, j’ai appris l’existence de blogger, j’ai créé un blogue (web log, dans le jargon de 2000) – Darnziak 2.0, qui accompagnait mon site Anomalie. C’était le nom du site, pas mon surnom. Mais comme mon courriel était darnziak@hotmail.com, on est venu à m’appeler Darnziak un peu malgré moi. Par la suite, j’ai commencé à signer mes messages Darnziak.

Il faut le prononcer « Darne-ziaque », en français.

* * *

Je n’ai pas parlé de Northwood Ice Pentagrams. Je me réserve un autre article rétro sur le sujet.

* * *

À venir :
- Tague II : Répondre aux questions de Lorazepam.
- Tague III : Répondre aux questions du Prince.

Darnziak 2012

10 janvier 2012

En 2012, on dit que les seuls blogues intéressants sont les blogues thématiques, ceux qui visent les passionnés d’un sujet précis. Les blogues personnels n’ont plus la cote : raconter son quotidien, parler de tout et de rien, c’est du passé, tout cela à été absorbé depuis longtemps par facebook et twitter. Les blogues personnels n’étaient que des bricolages de célibataires esseulés, sentimentaux, pathétiques. Tout cela n’existe plus, n’a plus sa raison d’être. Plus personne n’a besoin d’exprimer ce qu’il est, ni à un public ouvert ni en plus de 140 caractères.

Le thème de Darnziak sera donc circonscrit, d’une précision chirurgicale, s’adressant aux experts d’un sujet très pointu. Ce sera à propos d’un professeur de philosophie au collégial de 33 ans petit maigre aux yeux bleus nostalgique mélancolique quasi-végétarien. Ce sera à propos d’un gars redevenu célibataire malgré lui après huit ans de vie de couple la guérison de sa peine d’amour la recherche éventuelle de l’âme sœur. Ce sera à propos d’un vieux blogueur qui reprend du service et qui malmène la ponctuation. Rien de plus que le problème de vivre seul avec un gros chat poilu hystérique dans un grand cinq et demi de Rosemont.

Il faut préciser qu’il s’agira de cette transformation de la vie en concepts qu’on appelle la philosophie. Rien d’autre que des considérations sur l’art la littérature l’écriture la bibliophilie. Ça n’ira jamais plus loin que de parler de musique sombre épique mélancolique, on pourra s’en tenir au black metal death metal postrock électro neofolk ambient dungeon-synth postpunk shoegaze krautrock chiptune classique. Il faudra se restreindre à évoquer les jeux vidéos la bande-dessinée le cinéma la psychologie la physique quantique la dépression l’addiction à internet. Et pour éviter de désintéresser quelqu’un, il y aura apparition de dessins étranges monstrueux incompréhensibles.

Ce sera un blogue professionnel, sans émotion, stérile et neutralisé, rien ne dérangera, personne ne le lira. Comme tout le monde nous voulons passer inaperçu et en finir une fois pour toute avec le chaos.

Remarques acerbes sur les blogues

22 novembre 2007

(À défaut d’avoir mis la main sur le dernier Zinc)

Aux écrivains qui se servent de leur blogue comme « outil promotionnel » : est-ce qu’une liste de vos apparitions publiques ou de vos critiques dans les journaux risque vraiment d’accrocher le moindre nouveau lecteur potentiel? Réponse : non. Ça ne peut qu’intéresser les amis, la famille, les fans vendus d’avance. Ces gens là vous lisent déjà. C’est donc inutile. Pourquoi ne pas imaginer votre blogue comme une création autonome, l’occasion de donner un peu de vous-même, gratuitement? Je ne parle pas de mettre de la fiction en ligne. La fiction passe très mal, à mon avis, sur un écran. Elle requiert un autre rythme de lecture. Je parle d’écrire un journal. Internet est idéal pour le journal. Mais on est tombé dans le vice. On est tombé dans le blogue.

Je voudrais lire un blogue d’écrivain comme je lirais ses livres : pour avoir accès à son univers. Pas pour discuter avec lui, ni avec les autres : pour entrer dans son monde. Si le blogue n’offre que la surface de son univers, le côté quotidien, léger et évanescent, et bien tant mieux. Un écrivain n’est pas toujours situé aux niveaux les plus profond, il va à l’épicerie lui-aussi, il déneige son entrée, il a ses petites frustrations quotidiennes, il trouve de nouveaux disques. Le blogue est idéal pour parler de cela. À son meilleur : le blogue comme une parcelle de la vie de l’écrivain. Comme les journaux d’écrivains d’autrefois, mais plus vivant, car au jour le jour, en direct. Mais ce n’est pas ce qui s’est passé.

Les blogues sont devenus les salons littéraires mondains d’aujourd’hui. On se croirait chez Madame Verdurin.

À l’université laval, hiver 2005, dans un cours d’option en littérature, une jeune fille faisait un exposé sur les blogues : désormais, ils sont des objets d’études légitimes. Elle donne une définition scientifique, et elle spécifie : « s’il n’y a pas de système de commentaire, ce n’est pas un blogue, c’est un journal ». Je lève la main, offusqué. « Madame, j’ai un blogue depuis longtemps, et sur blogger, au début, il n’y avait même pas de possibilité de mettre un système de commentaire. Aujourd’hui non plus, je n’ai pas de système, je n’en veux pas, et ma page est quand même un blogue. » Elle réponds : « Désolé mais non, ce n’est pas un blogue. Ça prends un système. Ta page est un journal online. Prochaine question? » J’avais envie de rugir « JE SUIS DARNZIAK, TABARNAK, le blogue c’est moi qui l’a inventé, je bloguais quand t’étais encore au secondaire, fillette! », mais j’ai fermé mon clapet.

Au fond, le temps lui a donné raison. Les systèmes de commentaires sont indissociables des blogues, à présent. À peu près personne ne s’en passe. Alors, disons donc que ma page n’est pas un blogue. C’est un journal. Mais personne ne me croira. On me demande sans arrêt pourquoi je n’ouvre pas le système de commentaire. Même ce foutu template de wordpress ne permet pas de les cacher.

Dans un article à propos des blogues d’écrivains américains, j’ai lu ceci : ils ont trois défauts. Les entrées sont trop longues, les mises à jour pas assez fréquentes, l’écrivain n’interagit pas assez avec les lecteurs dans le système de commentaire. En gros, les écrivains ne comprennent pas ce que « doit être un blogue vraiment dynamique ». Ils écrivent comme s’ils écrivaient un livre.

Tiens donc. J’écrivais ainsi, moi aussi, avant la montée des blogues et je vais continuer.

Je suis ravi de ne « rien comprendre aux blogues ». Je continuerai à ne rien comprendre.
Le seul dynamisme qui m’intéresse est en chacun des lecteurs. C’est en vous que ça se passe, pas ici. Ce blogue doit vous renvoyer à vous-même, je ne veux pas vous voir ici. Même moi je n’y suis plus. Je déserte les lieux aussitôt que j’ai écrit. Darnziak n’est pas un salon, c’est un lieu de passage. C’est une plaine parcourue de courants d’air qui nous mènent ailleurs. Ce n’est pas compliqué, c’est comme un livre. On ne discute pas avec le livre – il ne répondra pas -, on discute avec soi-même. On ne discute même pas : on est renvoyé à soi-même. Le livre est là pour nous stimuler, nous amuser, nous faire réfléchir, nous instruire, nous émouvoir, nous bouleverser, nous secouer, nous divertir, peu importe, il n’est pas là pour nous écouter. Le livre nous apprends à se la fermer, pour une fois, à écouter quelqu’un d’autre parler. À écouter avec toute notre attention, comme si c’était important, vital. Ce qu’on ne fait presque jamais. Nos objections, le livre n’en a rien à foutre. Notre petite vie à nous, si elle est éclairée par le livre, reste néanmoins en suspens, dans un recoin de notre esprit. En lisant, dans l’impossibilité de répondre, dans cette frustration et dans cette exaltation, on est forcé de faire face à soi-même. On est enfin face à face avec l’important, l’essentiel. On est seul, et on lit quelqu’un de seul. Le livre, c’est la voix de la solitude, celle de l’écrivain comme celle du lecteur, simultanément. On comprends qu’on est identique, on est seul de la même façon que celui qui a écrit cela. C’est la seule communion possible sur cette terre, par la parole de la solitude. C’est la seule forme de lecture qui m’intéresse. C’est pour ça que je lis tout le temps. Pas pour « communiquer avec mes semblables ». Pour apprendre à vivre avec la solitude, avec ma solitude. Donc, avec ma vie. Et c’est dans cette intensité de la lecture que naît aussi l’envie d’écrire. On ne peut faire autrement. Il n’y pas « trop d’écrivains et pas assez de lecteurs » : tout lecteur véritable tend à vouloir écrire. C’est inévitable. Ce n’est pas du narcissisme. C’est l’expression d’une solitude la plus dénudée, la plus complète. On ne décide pas de vouloir écrire. Ça se fait malgré soi. Lire – vraiment – une voix de la solitude, sans vouloir écrire, est impossible. Si on n’écrit pas, c’est qu’on ne se trouve pas le courage pour le faire, c’est tout. C’était mon lot, pendant longtemps. La peur. Elle est toujours là.

C’est en lisant des livres que j’ai contracté cette envie d’écrire. Pas en lisant des satanés blogues. Ils n’y en avait pas, des foutus blogues, quand j’ai commencé à écrire. La seule raison pour laquelle je me suis mis à écrire sur internet, c’est que c’était là où je vivais, dans un monde virtuel, isolé socialement, geek à l’os. Ça allait de soi. Mais aujourd’hui, je me demande souvent ce que j’y fiche encore. Parfois, quand je sors de chez moi pour lire à la bibliothèque ou dans un café, je me dis que ma vie n’a, au fond, strictement rien à voir avec les ordinateurs. Je hais cette vie là, alors que j’aime tout le reste. Mon futur métier n’aura rien à voir avec ces machines. Tout cela est déjà derrière moi et je ne le sais même pas encore.

Ça ne m’intéresse pas du tout, une vie sociale par écrit, à travers des images, des représentations, des intermédiaires, des distances infranchissables. Je hais IRC, les forums de discussions, les systèmes de commentaires, je déteste de plus en plus facebook. Ce sont des leurres, des foutaises. On n’apprends rien sur rien. Tout au plus peut-on s’amuser, mais s’amuser seul devant un écran, c’est de la masturbation. Où sont les autres corps? Où sont les autres? Chacun chez soi dans ses illusions. C’est un recoupement de mondes illusoires, vivre dans les images abstraites des autres, pendant que les autres vivent dans leurs images abstraites de nous. Chacun tente de paraître. On s’en fiche totalement de l’image abstraite de Jean-Philippe Morin. Même moi, je m’en fiche. Surtout moi. Je n’écris pas pour me créer une image, une personnalité. J’écris pour la détruire, pas pour dire « je suis ceci ou cela » mais « je ne suis pas ce que vous croyez, je ne suis pas ce que je crois ». J’écris pour libérer la vie emprisonnée en moi, c’est la vie elle-même qui m’intéresse. La vie n’est pas plus à moi qu’à vous. Elle est un simple passage, faites-en ce que vous voudrez.

Paradoxalement, les monde sociaux virtuels ne nous mettent pas du tout face à nous-même. Ils nous aliènent : littéralement, ils nous séparent de nous-même. Nous jettent dans les illusions, les faux problèmes qui s’inscrustent et nous affectent réellement, des entailles dans la peau pour rien, sans rien donner, sans véritables souvenirs ou cicatrices à montrer à nos enfants. Le net nous révèle la véritable texture d’illusion de la plupart de nos interactions avec les autres. Si on passe la majorité de notre vie dans la pensée, dans les images du monde au lieu du monde réel, alors cela est plus apparent encore sur internet. On vit dans les mots, et les mots n’indiquent aucune réalité. Je peux vivre seul avec des livres, je peux vivre avec des gens en chair et en os, mais je ne peux plus vivre dans un monde virtuel. Ça me détruit, me diminue, m’enlève toute envie d’écrire, de créer quoi que ce soit. C’est un piège. On se retrouve à vouloir l’approbation constante des autres, on devient dépendant aux autres pour qu’ils confirment notre valeur. Je connais tout cela, j’en ai été victime plus souvent qu’autrement, victime consentante et joyeuse, parce qu’on se saoûle vite aux éloges des autres, l’ego enflé est une jouissance perverse.

Je vois clairement le jeu étalé devant moi, jeu dans lequel on veut m’aspirer avec des voix de sirènes : rejoint-nous, nous aurons du plaisir, tu joueras à attirer l’attention sur toi, je jouerai à te flatter ou à te calomnier, on parlera de nous, on parlera des autres, chacun notre tour nous ferons des permutations dans la hiérarchie, toi au dessus et moi en dessous de toi et vice-verça, nous nous amuserons dans l’attente d’une hypothétique communion future qui ne viendra jamais, qui ne peut venir de là, sinon dans la dispersion plus grande encore de l’alcool et de la camaderie factice des fêtes qui nous laissent toujours des goûts de plus en plus amers au fond de la gorge.

Et bien sûr encore l’envie de vouloir partager tout cela, encore l’espoir d’un au-delà de la mécompréhension, bouteille jetée à la mer, on s’en lave les mains.

Dehors tout est blanc et le chat dort sur mon bureau.

Apocalypse / Fin de l’humanité / 25° en octobre / Fin des temps / Supernova / Trop fatigué pour dormir / Trop faim pour manger

23 octobre 2007

Hamburger

Youtube va nous tuer.
Facebook va nous tuer.
Les mp3 vont nous tuer.
Les blogues vont nous tuer.
Les torrents vont nous tuer.
Les courriels vont nous tuer.

Internet va
tous
nous
tuer.