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Archéologie des blogues (Tague I)

19 mars 2012


La blogosphère littéraire québécoise – circa 2006. Combien de lieux sont encore habités aujourd’hui?

Autrefois, à l’époque de l’âge d’or des blogues littéraires au Québec (2004-2006 environ), on parlait d’une entité trouble nommée la blogosphère. Ce terme maintenant obsolète référait à l’écosystème que formait entre eux les blogues – on s’y promenait de lien en lien, comme entre les branches d’un labyrinthe ramifié, on plongeait dans les systèmes de commentaires bondés d’amis et infestés d’anonymes, on se lançait des défis les uns les autres, on s’arrachait les cheveux, on s’amusait. Chaque blogue était une petite monade vivante dans un monde plus vaste, chaotique et fourmillant, que j’ai tenté de croquer dans sa phase terminale en 2006 (ci-dessus).

L’arrivée des réseaux sociaux vers 2007 a mis fin à cette époque. Les blogues existent encore mais il n’y a plus de blogsophère – les liens entre les blogues sont rompus. On arrive maintenant sur les blogues par l’entremise d’un lien partagé sur facebook et twitter – on ne circule plus d’un blogue à l’autre. Les visiteurs atterrissent sur un article, puis ferment leur onglet. Le partage sur facebook correspond à un pic de visites, puis le blogue redevient désert ensuite. Les blogues existent en périphérie de facebook au lieu de constituer un monde central comme autrefois.

Relique d’époques lointaines, vestiges évolutifs :
– Les systèmes de commentaires – autrefois théâtre de guerres de flammes violentes – possèdent maintenant des contrôles de sécurité en béton armé pour éviter les débordements. Ils sont si pénibles à utiliser qu’on préfère maintenant commenter sur facebook, à la place. D’où les systèmes de commentaires déserts.

- Le « blogroll » à droite, liste de liens à visiter, souvenir de l’époque où on circulait de blogue à blogue. Mes statistiques indiquent que personne ne clique sur ces liens. Ironie : à l’époque, je refusais d’afficher une telle liste, maintenant j’y tiens, même si elle est devenue inutile.

- Finalement, ce qui nous occupera ici : la « tague ». Deux amis – Lorazepam et Le Prince – m’ont « tagué ». Je dois d’abord révéler 11 choses qu’on ignore sur moi, puis répondre à leur série de questions. Je vais me prêter au jeu, en souvenir de la blogosphère d’autrefois, aujourd’hui disloquée et émietté, question de garder vivants quelques passages entre nos blogues.

Il faudrait ensuite que je « passe la tague » à d’autres. Je n’en ferai rien. J’ai toujours été celui qui tuait les chaînes de lettres dans l’œuf et qui invitait sur sa tête des années de malheur exponentielles – en cassant soixante-dix-sept fois tous les miroirs qui croisent mon chemin.

* * *

Onze choses qu’on ne sait peut-être pas à propos de Darnziak
Je vais prendre un thème, comme ça, pour le fonne : nostalgie de l’internet d’antan. C’est parti pour une collection de vieux design graphique laid, retour aux années 90.

1) Mes surnoms sur les BBS et sur internet
1994 : Albator
1995 : Trooper
1996 : Troupeur
1997 : Telesphore
1998 : Mr.Anti-IRC
1999 : Darnziak (jusqu’à aujourd’hui)

2) J’ai connu les BBS
Avant internet, j’allais sur les BBS (Bulletin Board System). On se branchait par modem sur l’ordinateur d’un particulier, une personne à la fois. Sur un puissant 486 je téléchargeais des jeux et échangeait des messages obsessifs hyper-analytiques à propos d’eux. Un de mes amis avait découvert un site de « GIF de cul ». Plus d’une heure de téléchargement pour recevoir des photos 320×200 hyper pixelisées de femmes de cinq cent livres recouvertes de matières fécales qui donnent envie de vomir.

3) Je suis sur internet depuis 1994
En 1994, par l’entremise d’un BBS (donc sans rien payer), j’obtiens ma première adresse courriel, je fais mes premières discussions sur les newsgroups, je visite des pages web en mode texte avec le fureteur Lynx. Ce qui épatait, à l’époque, était la possibilité de discuter « avec des gens de partout dans le monde » – cela s’est perdu progressivement, on s’est mis à discuter seulement « avec les gens de notre région » et maintenant, sur facebook, on se contente de nos collègues de travail et de nos amis proches. Dans le temps, grâce à l’autoroute de l’information, j’échangeais des cassettes VHS d’anime avec des américains, des français, et même un suédois au Japon. Dragon Ball et les Chevaliers du Zodiaque, entièrement inconnus au Québec.

4) Ma première page web date de 1996
En 1995 : mon premier accès graphique à internet, avec Netscape 1.0 dans Windows 3.1, toujours sur un modem 14.4. Quarante heures maximum par semaine. Les pages ont des fonds gris, des liens bleus, internet est tout petit et tranquille.

Je ne sais plus dans quel programme j’ai fait ce logo. Ce n’était pas photoshop.

L’an suivant, je bricole une première page web à l’aide d’un éditeur HTML du nom de Hotdog Pro. Son titre : The ultimate destruction of the universe – le nom d’un groupe de métal fictif inventé au cégep pour faire rire mes amis. Au début, j’écrivais seulement en anglais : on dirait qu’il n’y avait personne d’autre que moi sur internet qui partageait ma langue. La page traitait de sujets geeks : le Colecovision, le Commodore 64, Final Fantasy, Megaman, Dragon Ball, Iron Maiden. En avance sur mon temps, j’étais déjà nostalgique de tout cela – alors que cela venait à peine de se terminer. Il n’y avait presque aucune image mais des récits obsessifs à propos de l’expérience de jouer à mes jeux favoris – j’anticipais sur le new game journalism. Ma page de Maiden était répertoriée sur yahoo, avec les trois autres, les seules de tout le cyberespace. Il n’y avait pas encore de site officiel, rien du tout à ironmaiden.com, seulement des fan pages. C’était la préhistoire.

5) J’étais accro à IRC
En 1997, amoureux d’une fille en secret, en silence, comme un con tout seul dans mon coin, incapable d’en parler à quiconque. Je me « confie » (lire : vide mon sac) à des inconnus aléatoires sur IRC et devient accro. Tellement que je cesse de jouer à des jeux vidéo et passe toutes mes soirées à chatter. IRC est un système pour clavarder en temps réel – de vastes serveurs mondiaux grouillants d’anonymes prêt à parler de n’importe quoi à toute heure du jour ou de la nuit. (IRC existe encore et n’a pas changé en 15 ans, vérifiez par vous-même).


En 1998, je monte une page contre IRC : À MORT IRC. Peut-être ma page la plus visitée jusqu’à ce jour (plus de 35000 visites, des centaines de courriels reçus). Les premières idées de cette page viennent d’un brainstorm lancé sur IRC avec mes amis, pendant que je « travaillais » dans une boîte d’informatique. Oui, je chattais sur la job. Ce n’est pas d’hier qu’internet fait chuter la productivité en entreprise.

6) J’ai maintenu des pages webs de métal très populaire
En 1996 : Trooper’s Metal Page. Ça parle de power metal : Blind Guardian, Helloween, Gamma Ray, Stratovarius, etc.


Gigantesque logo réalisé dans un programme 3D dont j’oublie le nom. Je ne l’ai pas rapetissé – à l’époque cette image était si énorme qu’elle prenait toute la largueur de l’écran. Résolution : 600×480.


Affreux dessin de moi en metalhead fait dans mspaint (?), 1997.

En 1998 : Beyond Death. Ça parle de death métal mélodique pour commencer. Des critiques très détaillées de In Flames, Dark Tranquillity, Opeth, Dissection, At the Gates, etc. Je trippais sur la scène de Gothenburg, très vivante à l’époque.

Encore un autre logo en 3D. C’était la mode.

Je démarre un forum de discussion avec l’aide d’un internaute américain : des centaines de personnes de partout dans le monde y participent. Nous devons faire face à plusieurs infestations de trolls. Vers 1999, j’inclus sur ma page des critiques de black metal norvégien.

7) J’étais accro à ICQ et à msn
Qui ne l’était pas?

8) J’ai publié de longues histoires absurdes sur le net
Au secondaire, on avait agit d’une façon fort méchante envers un de nos amis. On l’avait carrément « sacré dehors de notre table ». J’avais honte de cela : j’aurais très bien pu subir le même sort, moi aussi – personne n’est à l’abri du syndrome du bouc émissaire.

Quand j’étais au cégep, j’ai retrouvé cet ami sur IRC – et au lieu de m’excuser et de tenter de me réconcilier avec lui directement, j’ai pris un détour un peu plus subtil. Je me suis mis à déconner dans le channel IRC où il se tenait chaque soir – je déblatérais les conneries les plus absurdes qui pouvaient me passer par la tête, dans le but de le faire rigoler. Puis je me suis mis à chatter avec lui en privé, lui balançant des tas de niaiseries à vitesse supersonique. Leur signification secrète était : « Je regrette ce qui s’est passé, peut-on être amis à nouveau? ». J’ai fini par écrire de petites histoires basées sur nos déconnages de l’époque. C’était le personnage de Gnorfe, qui devait traverser des mondes fantastiques dans le but de devenir un oracle nasal, dans une cérémonie où il devait s’arracher le nez.

Les aventures de Gnorfe : La trilogie des claques-sua-yeule.

Volume 1
« À reculons les yeux fermés – L’antre de la grange du désespoir »


Volume 2
« Par en avant par en arrière – Dans les griffes de la dentisterie des ténèbres »

Quelques titres de chapitres, pour vous donner une idée :
Chapitre 1 – La menace des perforateurs de gencives aériens
Chapitre 4 – Vomissement abracadabrants dans l’urinoir calcaire du crépuscule
Chapitre 5 – Séquelles mentales suivant une conversation avec une roche
Chapitre 11 – Confrontation finale au pied du trône gastrique du destin
Chapitre 12 – Résurrection des Flalgmes et congrès des actionnaires du néant


Volume 3
« Latéralisation horizontale – L’ultime destruction totale de l’univers »

Scénario : Gnorfe se pète le petit orteil sur le coin de sa table de chevet et décide de détruire l’univers en guise de rétribution. Inachevé.

Les chapitres :
Chapitre 1 – Création du plan de l’ultime destruction totale de l’univers
Chapitre 2 – Destruction des sentiments émotifs et des émotions sentimentales
Chapitre 3 – Destruction de la moralité spirituelle et de la spiritualité moralisatrice
Chapitre 4 – Destruction de la pensée de réflexion et de l’intellect conscient
Chapitre 5 – Destruction de toute forme de vie vivante organique universelle
Chapitre 6 – Destruction des émanations sonores et ondes ondulatoires
Chapitre 7 – Destruction du spectre de la lumière et des radiations sidérales
Chapitre 8 – Destruction et déchirement du tissu spatio-temporel
Chapitre 9 – Destruction de l’infinité des dimensions de l’univers
Chapitre 10 – Destruction du chaos, de l’existence et du néant
Chapitre 11 – Destruction de la destruction de la destruction
Chapitre 12 – Destruction de Gnorfe

Je suis tout de même heureux qu’il n’en reste nulle trace, même sur Wayback Machine.


Dernière image de Gnorfe, lorsque je tentais d’écrire un quatrième volume : Métagnorfe.

9) J’ai écrit un texte sur « l’addiction à internet » en 1999
Cela s’appelait « Écœurement d’un internaute ». Bien avant l’an 2000, les téléphones intelligents et facebook, on pouvait déjà être accro à l’os. Je l’étais. Je le suis encore.


Admirez la subtilité de l’illustration. Ouf.

10) Je faisais parti de la CEV (Communauté des écrits virtuels)
Vers 1999, avant l’arrivée des blogues, il y avait tout de même des dizaines de journaux intimes virtuels sur le net. Enfin, les francophones arrivaient en masse sur internet.

J’ai démarré ma page Anomalie a cette époque.
Je retraces les répercussions de ce site dans mes textes sur Terreur! Terreur!

Premier logo de Anomalie (Fin 1999, Début 2000) :

Deuxième logo (En 2000. Image tirée d’un scan cérébral lors d’une hémorragie. Pendant un certain temps, j’avais écrit cervical, avant qu’on ne me corrige) :

Troisième logo (même chose, mais un titre que je voulais plus positif) :

Dernier logo :

11) La signification profonde de Darnziak
Que signifie le mot « Darnziak »? Rien. C’est un mot que j’ai inventé. C’est peut-être une dérivation de « Daziarn » dans le tome 11 de la série de livres dont vous êtes le héros Loup Solitaire : Les prisonniers du temps.

Darnziak était d’abord le nom d’une planète imaginaire pour une bande-dessinée (vers 1990), puis d’un continent sombre qui abritait une race de mutants postapocalyptiques (circa 1992); pensez à une sorte de Mordor après l’hiver nucléaire. Au départ Darnziak évoquait pour moi un lieu, plutôt qu’une personne, quoique je dessinais parfois « Seigneur Darnziak », le maître des mutants. Je l’imaginais comme un humain à la peau transparente, sans pilosité, coiffé d’une couronne d’épines.

Premier logo de Darnziak – en 2000. La typographie : des chiffres en helvetica mutilés dans illustrator. J’ai complétement oublié comment faire aujourd’hui et recycle sans scrupule le même logo depuis 12 ans.

En 2000, j’ai pris Darnziak comme titre – Darnziak 1.0 – pour un site qui devait être une sorte de « magazine virtuel ». J’y écrivais des critiques de disques et de livres, en français cette fois. Plus tard, j’ai appris l’existence de blogger, j’ai créé un blogue (web log, dans le jargon de 2000) – Darnziak 2.0, qui accompagnait mon site Anomalie. C’était le nom du site, pas mon surnom. Mais comme mon courriel était darnziak@hotmail.com, on est venu à m’appeler Darnziak un peu malgré moi. Par la suite, j’ai commencé à signer mes messages Darnziak.

Il faut le prononcer « Darne-ziaque », en français.

* * *

Je n’ai pas parlé de Northwood Ice Pentagrams. Je me réserve un autre article rétro sur le sujet.

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À venir :
– Tague II : Répondre aux questions de Lorazepam.
– Tague III : Répondre aux questions du Prince.