Archive for septembre 2012

Bilan de l’âge du christ

25 septembre 2012



À l’âge de 33 ans m’a vie s’est fendue et réorientée sous un angle différent. Séisme, glissement de terrain. Ma blonde est partie. J’ai vécu seul dans de grandes pièces froides, de grandes pièces vides, dans le fond du désert de Rosemont. J’ai vécu seul dans un long appartement en pente suspendu au-dessus de Villeray.

À 33 ans j’ai été injoncté, unfriendé, trahi.

Les menaces judicaires suspendues au-dessus de ma tête, les autos de police devant le collège Montmorency sous la pluie. Un message de marde sur facebook envoyé complètement saoul à 3 heures du matin pour me faire unfriender le lendemain. À 33 ans il m’a juré à trois reprises qu’il ne ferait rien mais il l’a fait quand même.

À 33 ans, j’ai participé aux lancements, j’ai assisté aux lectures, je suis resté jusqu’à la fin de tous les partys. J’ai jasé avec les auteurs, les dessinateurs, les poètes, les profs, les artistes, les comiques, les fuckés. J’ai eu des conversations, des discussions, des débats. J’ai parlé jusqu’à plus soif. Je me suis couché au lever du soleil, je me suis fait de nouveaux amis, j’ai renoué avec les anciens. À 33 ans j’ai perdu un ami important.

J’ai écrit des récits d’autofiction, des poèmes de saoulon, des notes de blogues, deux longs essais philosophiques, j’ai fait des dessins de beubittes et de monstres. À 33 ans on m’a parlé comme si j’étais un auteur. À 33 ans on m’a lu. J’ai participé à l’aventure Terreur Terreur. Je me suis engueulé dans les commentaires, j’ai assisté aux batailles des autres. À 33 ans j’ai lu mes amis.

À 33 ans je me suis fait une petite grande soeur et avec elle j’ai fini Super Mario 2, Super Mario 3 et Super Mario World, 52000 messages facebook et une cinquantaine de gueros mails plus tard. À 33 ans j’ai raconté ma vie comme une histoire, j’ai écouté la sienne de la même manière. À 33 ans j’ai squatté dans le Manoir Deluxe de la sylvidre aux cheveux verts.

À 33 ans autour de moi le malheur frappait comme la foudre. L’été triste de mes amis, l’été de l’injustice. Les corps malades, les esprits malades. Traitement de chimio, pilules d’antidépresseur, psychologues, fatigue intense, arrêts de travail, séjours à l’hôpital, crises de panique, infestation de punaises. Même les chats, mêmes les chattes ont séjourné à l’hôpital. Et moi je traîne mon oneitis.

J’ai enseigné la caverne de Platon, le cogito de Descartes, le nihilisme de Nietzsche, la liberté de Sartre. Des centaines d’étudiants m’ont entendu vociférer, m’ont vu suer et gesticuler, me beurrer de craie et pester contre mes crayons à l’encre vide. Quelques-uns sont venus me serrer la main et moi je sortais toujours de la classe en flottant un centimètre au dessus du sol, le torse brûlant, exalté, un sourire fendu à travers le visage, amoureux de ma job.

À 33 ans trois chalazions sont entrés en éruption autour de mes yeux. Trois coups de scalpel furent donnés dans mes paupières pour les retirer et j’ai marché l’oeil sous un bandage à travers les rues de Montréal. Borgne. Pirate. À 33 ans j’ai bu trop de café, j’ai mal dormi, j’ai trainé mon iPad dans le lit durant les nuits d’insomnie. À 33 ans j’ai traversé la ville à pieds d’un bord à l’autre à répétition.

À 33 ans j’ai donné un cours en plein air avec un chandail de Deleuze-Guattari, un carré rouge et un micro. Je me suis engueulé avec mon père à propos de la hausse. J’ai scandé durant mon cours dehors que mon père est riche en tabarnak.

Au Il Motore, j’ai vu the Twilight Sad collé sur le stage, j’ai headbangé devant Skeletonwitch à m’en arracher la tête, j’ai beurré un kleenex entre chacune des tounes de Radiohead au Centre Bell, perdu la moitié de mes cellules auditives grâce à Mogwai au Métropolis. J’ai fait le tour du parc maisonneuve avec The Sound, j’ai marché tête basse à Villeray avec Swans, je me suis lové au fond d’un taxi en pleine nuit avec Chromatics. J’ai donné du tip à une trentaine de taxis et j’ai rôdé les tunnels darques avec les amis de la musique souterraine.

J’ai passé des centaines d’heures devant facebook à rédiger des statuts, à commenter, à stalker. J’ai suivi l’actualité durant la grève, j’ai tenté d’être clever pour attirer l’attention. Jeter des bûches dans le poêle pour entretenir l’amitié, être hypnotisé des heures face au vide, à cliquer partout, à siphonner des likes comme si c’était de l’amour. À surveiller ce qu’elle faisait. À 33 ans j’ai gaspillé du temps et je n’ai pas lu assez de livres. J’en ai acheté des dizaines quand même et j’ai oublié ma guitare dans l’armoire.

J’ai mangé souvent hors de chez moi. J’ai oublié ma vaisselle sur le comptoir. J’ai sorti les poubelles et le recyclage, j’ai flatté mon chat. J’ai veillé sur le balcon. J’ai abandonné ma religion.

À 33 ans j’étais Drunkziak. J’ai bu davantage d’alcool que durant les dix années précédentes. De la bière. J’ai dansé saoul avec un abat-jour sur la tête entouré de dizaines d’auteurs de bande-dessinée. Du rhum. Du scotch. J’ai chanté saoul la chanson de Saint-Seiya sur un bixi avec Mathieu Arsenault. Du whisky. De la vodka. Oh combien de bixaouls j’ai piloté à travers le Plateau et Rosemont et Villeray. Du vin. J’ai vomi de la bile avant d’aller rejoindre la chambre vide de celle que je convoitais en vain. De l’hydromel. Je suis tombé en amour pour rien.

À 33 ans j’ai eu plus que ma dose de tristesse. Je suis devenu emoziak. Quelques fous rires m’ont fait tomber de ma chaise et hors du lit. J’ai eu du fonne, je me suis ennuyé, j’ai angoissé, j’ai eu de la peine, j’ai eu le rhume, j’ai éternué. J’étais seul et j’étais accompagné. À 33 ans j’étais obsédé la moitié du temps. À 33 ans je l’ai cherchée et je l’ai fui dans les rues de Villeray. À 33 ans j’ai contemplé le ventre des avions par en-dessous sur mon balcon. Sadziak, plane porn.

J’ai été soulevé par l’espoir, par le battement des casseroles dans les rues. Le tapage m’a assourdi sur Laurier, sur Masson, à travers Villeray et Rosemont. J’ai marché avec l’Anarchopanda, j’ai pété trois cuillères de bois en tapochant sur un chaudron. J’ai porté une grande pancarte « même ma chatte est contre la hausse » à travers les rues de Montréal, j’ai accompagné un ami et sa pancarte de Ewoks et leur chanson de la victoire Yub Nub, j’ai crié des slogans incompréhensibles, j’ai été transporté pour la première fois par une cause plus grande que moi. Une cause qui a vaincu, pour une fois.

À 33 ans une fille m’a arraché mes jeans dans ma cuisine, une autre m’a entrainé dans son lit. À 33 ans j’ai souvent oublié de regarder du porn. À 33 ans une fille m’a dit qu’elle n’était pas apte à avoir une relation. Un mois plus tard, elle était avec un autre. Un autre que je connais trop. À 33 ans je l’ai perdue et je n’ai pas réussi à l’oublier.

À 33 ans j’ai vu l’Islande, son soleil suspendu au-dessus de l’océan à minuit – Sólstafir, rayons crépusculaires. J’ai vu les montagnes dénudées, vertes phosphorescentes, les déserts volcaniques, les champs de lave recouverts de mousses. J’ai marché dans les hauteurs de Skógar, traversé le sable noir de Vík í Mýrdal, été ébloui par le paysage tordu de Landmannalaugar, eu le souffle coupé par la vision des glaciers en embuscade au dessus des montagnes de Skaftafell. Le bleu électrique éblouissant de la lagune glaciaire de Jökulsárlón m’a viré à l’envers et j’ai passé dix jours sans parler à personne.

À 33 ans j’ai bu du Brennivín en rigolant dans ma chambre à l’ombre de la cathédrale Hallgrímskirkja à Reykjavík. J’ai eu une crise de larmes dans une auberge de l’île de Heimaey sous le brouillard à l’ombre du volcan Eldfeld. Vestmannaeyjar blues. De cette distance je pouvais mesurer tout ce que j’avais perdu, tous ceux qui me manquaient. À mon retour j’ai été humilié par ce qui se tramait en mon absence.

À 33 ans je n’ai pas dit que l’autofiction c’est de la marde. À 33 ans j’en ai écrit et continuerai d’en écrire, encore un moment.

À 33 ans Ed Hardcore m’a dit pendant que le soleil se levait sur sa terrasse « t’es un crisse de brain mais tu te laisses trop diriger par tes émotions. »

C’était 33 ans, l’âge du christ, l’âge où Jésus fut crucifié. J’y ai survécu avec quelques cicatrices de plus, peut-être pas une couronne d’épines, peut-être pas des clous dans les paumes, mais ça a fait mal quand même, j’ai des gales, j’ai des poques, j’ai des bleus, mais ce n’est pas grave, je m’essuie, je me relève, je recommence. À 33 ans il y a eu de la lumière aussi, il y a eu les amis, et je suis toujours là.

Une bonne année? Une mauvaise?

Aucune idée, mais elle est terminée.

Happy Drunkziak vous lève son verre

23 septembre 2012

Procession incompréhensible

15 septembre 2012


Je te jure
que tu
n’y
comprendra
rien.

Se débarrasser de la tête en trop

10 septembre 2012


Dans le zen
on parle de la « tête en trop »
suspendue
au-dessus de ta tête
arrache-là
donne-lui un bon

coup de pied.

INGLORIEUX AUTOMNE

9 septembre 2012

Remake de Glorieux Printemps de Sophie Bédard.

(Cliquez sur l’image pour une version agrandie).

Quand le lendemain de veille dure cinq jours

8 septembre 2012

Une blessure invisible
au théâtre des nuages
sur le balcon d’en arrière
la fatigue
tonnerre transparent
t’emporte
vers les embuscades
tendues
entre les plis du
sommeil
tu la vois
dans sa cuisine.

Le ciel renversé
se paie ta gueule
derrière la fenêtre
sale.

Ta pensée se
cogne le front
sur le
mur

sans saigner.

Le meilleur jeu vidéo québécois

8 septembre 2012

Sur son blogue, Doctorak (aka Mathieu Arsenault) fait le top 5 des meilleurs jeux vidéos québécois. Je lui ai envoyé ma petite critique de mon préféré : Voyage en Irlande avec un parapluie, inspiré du roman de Louis Gauthier.

Une aventure de Darnziak

1 septembre 2012

Au métro Berri-UQAM, samedi vers 5h45 PM, je suis devant le quai, j’attends le métro, je lis un roman policier de Arnaldur Indridason. Sur ma gauche il y a une jolie fille. Je me dis : « wow. » Je lis mon livre. Je vois dans ma vision périphérique qu’elle se rapproche de moi. Tout près. Elle se tourne devant moi, elle me fait presque face, en diagonale. Elle a franchi la zone d’intimité. Quasiment comme si elle me connaissait. Elle se penche sur mon livre comme pour voir le titre. Mais j’étais gêné, je ne bougeais pas. Je continuais de lire. Elle restait là. Elle tournait un peu sur elle-même. Puis elle revenait se planter en face, tout près de moi. Je la regarde. Elle me regarde dans les yeux, très sérieuse. Je baisse le regard, continue de lire. Mon coeur bat vite, vite. Le métro arrive, on entre. Elle va s’asseoir plus loin. Elle me jette un coup d’oeil. Je lis mon livre. Je la regarde. Elle a cessé de me regarder. Chaque fois que je regarde vers elle, elle ne me regarde plus. On sort tous les deux du métro à Jean-Talon. Je me dis que je devrais lui parler. Lui dire salut, lui demander pourquoi elle me collait comme ça. Elle est belle.

En sortant du métro, elle s’en va dans l’autre direction.