Juste avant de partir

Drunkziak
Mon vol vers la Norvège est retardé d’une journée mais la Norvège vient me chercher chez moi, il fait seize degré à Montréal en plein juillet, j’enfile un chandail à manche longue et marche de Villeray au mont Royal, je grimpe la montagne et parmi les arbres je coupe la musique, depuis plus de dix ans marcher dans les bois me rappelle ce qui est important, je pense à chaque fois à l’écriture, auparavant c’était de l’automutilation « tu n’écris pas! tu dois écrire! », à présent ce sont des phrases, des fragments d’histoires, des idées de structure, je les laisse prendre forme dans ma tête sous les branches pendant que je respire l’air frais, en arrivant au sommet je m’assois au belvédère face à la ville et la montérégie déployée, je veux les noter,

t’aimes la distance qui apparaît
quand tu te parles
à la deuxième personne
tout juste l’espace
pour te cacher

souhaiter la fin
de tous les liens
souhaiter
le malheur universel

des ciseaux pour couper
le fil de nouvelles
carcasses de pigeons
dans les fossés

mais les phrases se sont estompées sauf celle qui disait que l’écriture me rendra invulnérable, je descend vers le centre-ville et l’écriture disparaît, monte en moi pour la remplacer un intense bien-être l’inverse absolu de la dévastation de l’esprit de ce matin, je l’attendais j’ai marché loin pour l’atteindre cet envol, la grande joie de sentir son esprit jeter du lest et n’être plus rien, Montréal me donne l’automne en plein été, je marche sur St-Catherine puis bifurque sur Bleury pour éviter le festival juste pour rire, l’humour ce n’est pas drôle, je refais le parcours de la fois où Lora Zepam est partie au vent, je vois encore les battes en bois dans la vitrine d’une galerie d’art mais la nostalgie ne peut me rattraper je marche trop vite, je vais beaucoup plus loin dans le vieux port la sensation d’être déjà parti en voyage en mouvement disparu d’avoir échappé à mes poursuivants, j’ai envie de rire et c’est le coucher de soleil que je manque sur mon balcon, je marche encore jusqu’à Berri-UQAM pour aller le rejoindre, je lis de la poésie dans le métro, chez moi je capte les derniers rayons installe le chat sur mes genoux, lis un peu, écris un peu, bonne grande fatigue de grand air pur, le sommeil qui viendra sera long et doux comme mon chat, cette journée ne fut pas gaspillée, je n’ai plus de regrets d’avoir perdu un jour en scandinavie.

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