Statuts rejetés à l’eau (Notes de fin d’été)

4sept

J’ai déchiré l’encolure de mon hoodie en le retirant pour prendre mon bain sans me déchirer la tête. Mes armoires n’ont pas de portes et tous mes interrupteurs pivotent à l’envers pour me convaincre de marcher au plafond. Mes squelettes dans le placard s’envolent comme des cerf-volants et je les attache au balcon. Je sors le marteau pour taper les clous qui jaillissent du plancher de la cuisine et ils repoussent aussitôt comme des marmottes dans un jeu de fête foraine. Je me rase moi-même les cheveux sur la nuque sans pouvoir me voir le derrière de la tête. Aucun œil supplémentaire n’accepte de s’ouvrir. J’ai les mains froides mais je garde les fenêtres ouvertes pour laisser la nuit rendre visite à mon chat. La lumière d’automne aiguise les contours des arbres le long de la rue jusqu’à ce que les feuilles tombent comme des couperets entre mes oreilles. Les traînées de vapeur derrière les nuages ont l’air de lignes de fuites dans une bande-dessinée. J’ai fermé le telex de mon facebook pour toujours. Je n’ai toujours pas touché à la barre de chocolat géante que j’ai ramenée de Norvège mais j’ai entamé la bouteille d’Aquavit avec Morin. Les poèmes se lisent debout face à la fenêtre qui donne sur la ruelle et la psychologie se lit replié en position fœtale par terre dans le coin du salon. Je ne serai jamais le stalker de personne. Mon introversion prend l’eau. Je n’attends plus grand chose sinon que la pizza finisse de cuire dans le four ou que mon esprit achève de décanter. La nuit passée j’ai rêvé de jambes de femme grandes ouvertes et de course poursuite dans les ruines d’une cathédrale. Quand je danse dans la cuisine je mets mon capuchon pour m’imaginer sans visage. J’ai repeint les murs avec de la nouvelle musique. Il n’y a toujours pas de rideaux à mes fenêtres et il n’y en aura jamais. J’ai scié mon clavier. J’ai veillé sans lumière. J’ai recommencé à m’asseoir face au mur. J’ai dormi plus qu’il faut. J’ai recommencé à écrire. La reine des ténèbres est une descente dans l’eau noire mais les forces reviennent avec l’automne. J’aurai trente-cinq ans bientôt et elle me disait que la seule différence avec la vie passée, c’est une longue ride qui est apparue sur ma joue gauche creusée par trop d’années à sourire de travers.

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