L’année du darque knight

Darque-Knight
Quand ma fête approche j’ai moins peur de passer pour un narcissique en parlant de moi, de toute manière si tu me connais, tu sais que quand je parle de moi je parle de toi aussi, alors je vais te donner de mes nouvelles.

L’an passé j’écrivais mon bilan de l’âge du christ : mes 33 ans, l’année des grands bouleversements, la plus mouvementée et chaotique de ma vie. La grève étudiante, une grande rupture, des tas de nouveaux amis, une histoire amoureuse impossible, l’écriture qui revient, la trahison, un déménagement à Villeray, un voyage en Islande, la maladie autour de moi, trop de facebook et beaucoup, beaucoup d’alcool. C’était une année intense, lyrique, qui tranchait violemment avec les années de stabilité et d’ennui qui ont précédé. Mes 33 ans, c’était déjà un roman.

Il y a une suite, c’est l’année de mes 34 ans, moins agitée, moins propice aux grandes envolées. Le darque knight gravit lentement le mont des épreuves. C’est l’année où je me suis installé dans une nouvelle forme de vie, une vie qui me convient. En 2002, quand j’ai quitté la maison de mes parents, je rêvais d’intensité, de sorties et de partys, de musique forte et d’alcool, mais surtout de conversations profondes jusqu’au lendemain matin, une vie entourée d’intellectuels et d’artistes, capable de m’inspirer, de me permettre de créer. Je voulais quitter les jeux vidéos dans le sous-sol du quatre cinq zéro, je souhaitais échapper à mon milieu geek. Je n’ai pas accompli cela tout de suite, j’ai fait de longs détours, je me suis égaré dans des culs de sac, j’ai passé des années en pénurie d’amitié, isolé dans des quartiers éloignés, à retomber dans les jeux vidéos pour tuer l’ennui, refaire tous les Final Fantasy au GBA, les Dragon Quest au DS, des années à ne plus pouvoir écrire et à me demander pourquoi – par écrit.

À 34 ans, je réalise ma chance : mes amis sont des professeurs de philosophie, des écrivains et des poètes, ce qui ne les empêche pas de faire un peu trop le party, j’ai maintenant accès à une source inépuisable de conversations passionnantes, je n’aurais jamais pû en espérer autant autrefois. Ils m’inspirent et je suis choyé. Je vis comme j’ai toujours voulu vivre : je me sens libre, j’ai un appart charmant, un quartier agréable, je me sens bien entouré, j’ai un travail que j’adore, un gros chat qui dort à mes côtés, je progresse lentement mais sûrement dans ce qui m’importe le plus, j’ai l’air de me vanter mais j’approche de ma vision de l’existence idéale. Même si la même année j’ai traversé les phases les plus sombres et désespérées de ma vie, à passer proche de crever dans la noirceur intégrale du désir d’effacement tétanisé par l’absence d’amour, même si je peux dire en même temps que ça ne va pas si bien que ça, en général, j’éprouve de la gratitude envers ma vie, j’ai surtout envie de dire merci.

Alors merci parce qu’à 34 ans j’ai repris l’enseignement, cette grande source de joie, j’ai découvert des tonnes de musique darque, une année Swans, une année Low, électro Chvrches, postpunk Holograms, metal Vorum. Raymond Bock dira « si Jean-Philippe danse c’est un bon party » et à 34 ans Jean-Philippe a dansé souvent, surtout all night sur Daft Punk.

À 34 ans j’ai approfondi mes amitiés de l’an dernier, j’en ai gagnées quelques nouvelles, j’ai fait d’autres voyages vers le nord, lieu de ma naissance, lieu d’apaisement : la Côte-Nord, la Norvège. Le fleuve de mon enfance, la forêt de mon enfance, et puis le plateau d’Hardangervidda, le mont Ulriken et les profondeurs du Geirangerfjord, du Hardangerfjord, du Sognefjord. Traverser la Norvège en train, en autobus. Une année à marcher, à Montréal, Port-Cartier, Oslo, Bergen, Ålesund. Une année Té Bheag, Bowmore, Talisker, Laphroaig. À année à lire tout François Blais, à me transformer en personnage de François Blais, à me retrouver face à face avec François Blais, une année à lire beaucoup de poésie, souvent sur le balcon, suspendu dans le ciel instagram.

À 34 ans, j’ai réparé des pots cassé, à 34 ans je me suis réconcilié. Retour à Louiseville, retour à Rosemont. À 34 ans, j’ai survécu à la pire brosse de tous les temps (5 heures PM à 4 heures PM le lendemain, je ne te le conseille pas), à 34 ans ma vie s’est apaisée. J’ai flatté de nouveaux chats et j’ai fini par l’oublier.

À 34 ans j’ai fait des dessins de beubittes, j’ai illustré deux fanzines : la punaise de lit (épuisé) et les araignées géantes du Québec. À 34 ans, j’ai avancé dans les Lost Levels.

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Puis à 34 ans quand l’automne s’est approché j’ai tenté de vivre seul comme en Norvège, j’ai recommencé zazen, j’ai laissé les bouteilles de scotch dans l’armoire vitrée, j’ai désinstallé facebook de mon iPad, j’ai fermé le telex forever, j’ai voulu retrouver l’état d’esprit qui était le mien en scandinavie, au pays des fjords, des trolls, du black metal, où j’ai réussi à vivre seul deux semaines sans aucune conversation, sans que personne ne me manque, sans jamais ressentir la moindre loneliness, mais plutôt un sentiment de liberté, d’indépendance, d’apaisement, et depuis je me questionne sur les conditions de possibilité d’une telle sagesse ici à Montréal, où facebook nous rappelle sans arrêt qu’il se passe autre chose ailleurs et que t’es pas là. Ce n’est pas accompli mais les factures de SAQ diminuent, je lis presque autant de livres que j’en achète, longtemps je me couche de bonne heure, et je me dis qu’un équilibre est sûrement possible au point que je finisse par me mettre à cuisiner, on peut rêver.

À 34 ans, j’approche le sommet du Mt.Ordeals. J’en vois la cime. Il ne reste plus qu’à m’affronter moi-même en combat singulier, et je serai paladin.

C’est ce que je fais les jambes croisées chaque soir, devant le mur de ma chambre.

* * *

À 34 ans, j’ai surtout voulu devenir écrivain. J’écris tous les jours, même si je garde presque tout pour moi. J’écris un journal que je ne partage pas.  J’ai terminé une longue autofiction (75 pages) impossible à publier. J’ai rushé comme un malade sur La reine des ténèbres, le dernier épisode de ma série trash geek love. C’est le texte le plus difficile que je n’ai jamais eu à écrire. Je l’ai commencé il y a plus d’un an, je n’en suis pas venu à bout malgré de multiples relectures obsessives de mon journal, des centaines de pages de notes, malgré plusieurs faux départs, malgré l’avoir mis de côté trop longtemps, récit de fucking friendzone impossible, une traversée de l’enfer des geeks. Mais juste avant ma fête, je crois l’avoir lancé sur une bonne voie. J’ai confiance, je le terminerai cet automne. J’aurais aimé écrire davantage, mais je sens que je fais des progrès, c’est assez pour me réjouir. Ça, et les teintes dorées dans les arbres.

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À 34 ans, j’ai mis quelques textes en ligne, et à 34 ans j’ai envie de les ressortir, faire une rétrospective de Darnziak de l’an passé, une occasion de reprendre ce que tu as manqué, les textes de blogues sombrent tellement vite dans l’oubli et je ne veux rien oublier.

Sur mes blogues :
1) Drunkziak. Des poèmes de drunk, parfois écrits au retour des partys en fort état d’ébriété, mais souvent en trichant, parfaitement sobre mais simulant l’ivresse en plein après-midi, les poètes sont toujours ivres de toute manière. À 34 ans, j’ai enfin aimé la poésie – en lire, en écrire. Et puis Poème sale m’invite à Trois-Rivières, viens me voir au Off le 12 octobre!

2) Le darque knight au mont des épreuves. Final Fantasy IV et la sagesse, les jeux vidéos ne sont pas qu’abrutissement mais vision du monde, ce n’est qu’un commencement, regarde-moi bien aller.

3) Le marais que-personne-n’en-est-revenu. Où je revisite un jeu de commodore 128 que j’ai programmé à l’âge de 10 ans, je prends des photos du jeu au complet juste avant que l’écran saute et fasse disparaître mon œuvre pour toujours.

4) Retour sur le concept d’espoir. Critique d’une philosophie du désespoir, retour de l’idée d’espérance dans ma vie. Ce fut une baloune crevée, mais on n’est pas obligé de le savoir.

5) Au lit avec Darnziak. Dans lequel je tente de circonscrire un problème central que je ne répéterai pas ici (indice, le dessin montre un batte), mais je peux vous révéler un petit secret, j’ai écrit ce texte suivant les conseils de papa Hemingway, complètement fucking saoul au scotch, mais oui je l’ai révisé sobre, mais oui c’est chiant que ce soit un seul paragraphe, je fais exprès pour décourager les adeptes du tl;dr, c’est quand même gênant, cette affaire-là.

Et puis Sur Terreur! Terreur! :

1) Manuel de Séduction. À force de trop analyser la game, à force d’apprendre par cœur tous les principes sans réussir à les appliquer, à toujours subir la beauté des femmes comme des coups de poing dans le ventre, à chaque fois se liquéfier en beta male quand tu me souris et à me dérouler à tes pieds comme une carpette, j’en suis venu à régurgiter tout mon désespoir amoureux passé, présent, futur, arrête ça, tu me donne mal au ventre tellement t’es belle.

2) La fois où Lora Zepam est partie au vent. Ma manière de tracer le portrait de ma belle gang d’amis littéraires trash geeks mongols et de leur vocabulaire délirant, ma façon de faire péter le compteur du plus long texte ever sur Terreur Terreur avec des digressions à n’en plus finir, et d’avoir un fonne noir à écrire, mais au fond, c’est surtout un hommage à mon amie la plus importante, Sophy.

Le texte se déroule la veille de la lecture publique de Drama Queens, le deuxième roman de Vickie Gendreau, qui a eu lieu à peine deux semaines avant son décès. Tout le monde était là. C’est l’événement le plus marquant de l’année pour mon clan de littéraires. Ce texte me rappellera toujours cette période précise de nos vies, la lecture émouvante, les funérailles étranges avec des tutus au Rialto, le after qui se termine chez moi, lire Testament, relire Testament au complet encore, tchatter avec Vickie sur facebook au retour de la pièce Vu d’ici en janvier passé, à huit heures le matin.

– J’ai pas arrêté de boire, je suis fucking ultra saoul.
– Normal, ça fait genre 12 heures que tu bois. Tu fais pas de fautes. Bravo.

Je ne parle pas beaucoup d’elle dans le texte, mais c’est aussi ma façon de lui dire adieu, bye belle fille de feu que j’ai trop peu connue, drama queen, flamand rose. Je vais toujours me souvenir que t’es la première à m’avoir appelé Morin, je n’oublierai pas Car Zizi, les dessins de pénis drunk et François Blais qui fait « …*!\..() **-*.. .?–==$*$*$*$ * $*$*$* $*$*$* $*$*$ *$*$*$!!!!! *!$*$!*$!*!!!* **$ $$!!!* ** ** *!!!! » dans le cerveau, oh nos cerveaux si fragiles, si précieux.

3) Drunkziak aux danseuses, texte hautement controversé, je suis aussi trash que Ed.Hardcore, on le sait.

* * *

Et puis voilà, c’est tout, ce sera ma fête, j’ai invité bien trop de monde dans mon petit appartement, on va passer à travers le plancher, on va passer à travers la nuit, on parlera trop fort jusqu’à enterrer la musique, je vais sortir mon scotch, je vais guérir mon rhume, les filles vont flatter mon chat et puis j’aurai 35 ans. Fin.

2 Réponses to “L’année du darque knight”

  1. Lora Zepam Says:

    T’as le don d’éveiller Sophy emo… *_* Pour me venger, je vais étaler DES ÉMOTIONS : je t’aime, grand frère Morin.
    On va passer à travers TUTE! >:O

  2. Frede Says:

    Juste… wow!

    xxx

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