L’hiver à reculons

honte

 

Le premier janvier 2014 j’ai fait le souhait to fall out of love.

J’ai brisé quelque chose.

* * *

La première image qui m’est venue est celle du petit animal blessé qui se cache pour lécher ses plaies.

Je hais cette image. Je hais susciter la pitié.

* * *

En février c’était l’image du prisonnier d’un ascenceur en panne.

Noirceur totale, attendre les secours.

* * *

Ensuite en mars c’était l’image de l’impasse.

Entrer malgré l’écriteau cul de sac. Marcher plus d’un an avant d’atteindre le mur. Depuis il n’y a plus qu’à rebrousser chemin, mais c’est long, émerger d’une impasse à reculons en fixant le mur du fond.

Ça irait plus vite si je me retournais, mais il fait froid.

C’est l’hiver.

* * *

C’est la même image quand il me disait :

« Je te connais depuis vingt-cinq ans, je sais comment tu fonctionnes. Je t’ai vu aller plusieurs fois. Tu marches vers un mur comme si tu te disais ce mur n’existe peut-être pas, c’est peut-être une illusion. Tu le vois mais tu fonces dedans quand même. »

* * *

On m’a fait de beaux commentaires à propos de mon texte sur l’année de mes trente-quatre ans, en septembre dernier. Ça me rendait mal à l’aise. Je n’aime pas ce texte. Il est faux. Il amplifie des miettes de positif et cache le plus important.

C’était une année d’impasse et il faisait de plus en plus noir.

* * *

Toutes les nuits vers quatre heures AM je me réveille et ça tourne dans ma tête. Peu de temps après, le chat commence à miauler. Je ne me rendors pas.

Toutes les nuits.

* * *

— L’autre fois quand tu parlais, j’ai cessé de t’écouter. J’ai eu l’impression d’avoir fait le tour de toi.
— Je comprends. Mais tu sais pas ce que c’est. C’est comme tomber dans un trou noir.

C’était la dernière image et j’ai eu peur.

Même à reculons on ne peut jamais sortir d’un trou noir.

* * *

J’ai surtout honte. Je me sens coupable.

* * *

Je ne me suis jamais plaint de l’hiver de ma vie, mais celui-ci m’épuise. Je vieillis, peut-être. Il y a du blanc dans ma barbe. Ma barbe ne me protège pas.

* * *

Et puis un jour dans mon dos ce sera le printemps.

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