Archive for the ‘Musique’ Category

Une nuit chez Dyonyziak II

29 septembre 2013

The End

Mon homonyme Jean-Philippe Gravel raconte mon party de fête. Ce fut d’épique, en effet.

Petite réponse de ma part.

1. Je ne savais pas que tu ne connaissais personne, puisque tu es arrivé en même temps que plusieurs autres de mes amis, avoir su j’aurais fait des présentations.
2. J’ai acheté ce chandail rouge avec le logo « ego » en police Lego à Reykjavík, il a une triple signification pour moi : d’abord la reine des ténèbres ne cessait de dire que j’étais égocentrique, mais surtout, l’ego est la source de toute souffrance selon le bouddhisme zen, ce que j’expérimente douloureusement chaque jour, et enfant j’aimais beaucoup les blocs Lego et voulais un jour visiter Legoland au Danemark.
3. J’étais content que tu fouilles mes bibliothèques, toi qui est un des lecteurs le plus vorace et enthousiaste que je connaisse, mais as-tu vu celle dans ma chambre? C’est là que j’empile mes lectures courantes. De grosses piles.
4. Je suis anal avec mes livres, en effet on dirait qu’ils n’ont pas été lus parce que je les ouvre à peine quand je les lis, je ne veux pas briser la tranche, j’ai une manière de les tenir qui ne fait pas de tache d’acidité, je ne note jamais rien dedans, je ne veux pas les user ou les briser.
5. Un peu comme je caressais ma première blonde au début avant qu’elle me dise que c’est correct tu peux peser plus fort je ne vais pas casser en deux.
6. Mais avec les livres j’ai jamais voulu devenir sauvage.
7. J’en ai lu en crisse pareil – faudrait que tu vois ma caisse pleine de cahiers remplis de notes de lecture. Et de dessins dans les marges. Et de commentaires personnels parfois très longs. Et d’idées de trucs à écrire. Etc.
8. Mon chat pèse plutôt autour de 20 livres. L’an passé il était resté avec nous, mais cette année, trop de fureur et de bruit.
9. D’une autre perspective on dirait un tout autre party, je n’ai pas eu trop conscience de tout ce que tu décris.
10. Le rhume, le saké et le scotch m’ont embrumé l’esprit passablement.
11. J’adore que mon habitat soit investi de la sorte mais quand même, mes CDs par terre le lendemain, Woodman cassé, les jeux de DS dans le bol du chat, c’était moins drôle. Mais j’assume. C’était un risque à prendre.
12. Les trois bouteilles de scotch vidées et la caisse de 12 de Grolsch que j’avais mis là pour faire une expérience (genre : aurait-elle toute disparue ou non, réponse, oui), c’est parfait. Personne n’a touché au Brennivin islandais et à l’Aquavit norvégien, c’est parfait aussi.
13. Je ne peux pas croire que je me suis lancé dans mon cours sur Nietzsche en plein party, le passage sur la souffrance et la question de la valeur de la vie, je commence avec ça en classe à chaque fois, je l’ai trop donné ce cours, mais bon, c’est mon préféré.
14. Manne, j’avais complètement oublié que j’ai ouvert la porte de ma minuscule toilette pour trouver six-sept personnes empilées partout dans le bain et sur l’évier, et qu’elles se sont toutes dissipées d’un coup.
15. Je ne reconnais pas la majorité de la musique que tu cites, j’ai perdu le contrôle du stéréo assez tôt, il a été hijacké par une suite de DJs et c’est parfait. Je me souviens par contre qu’au début c’était ma playlist darque geek et subitement la chanson thème de Startropics au NES a retenti dans tout l’appart, ça m’a fait plaisir.

16. De mon côté plus la soirée avançait je me retrouvais dans un coin sombre sur mon lit avec un ami cher puis sur la table de télé avec un autre pour faire mon petit emo comme d’habitude.
17. Les caresses et frenchs et ces trucs-là je n’ai rien vu comme au secondaire je comprends toujours trop tard ce qui se passe partout autour de moi.
18. J’ai retrouvé des photos sur mon appareil que j’avais laissé traîner justement pour qu’on l’utilise, et ces images ne me disent rien – j’étais ailleurs, et j’aurais voulu être partout à la fois et parler à tout le monde en même temps.
19. Danser, je n’en ai pas trop de souvenirs, sauf sur Voyage Voyage que j’ai encore en tête deux jours plus tard.

20. Je me souviens à la fin de la lumière du jour et d’une ombre qui s’agite, qui empile les bouteilles sur la table, et qui me parle doucement, une voix lointaine, et moi allongé sur le divan, dans un de mes traditionnel fucking down de fin de party quand je refuse que l’intensité se dissipe comme quand j’étais enfant à noël et que je ne voulais jamais partir et aller me coucher, je veux toujours défoncer la nuit et être le dernier survivant.
21. Il y a deux ans seulement, l’une de mes pensées récurrente triste était « je n’ai pas d’amis » alors réussir à remplir mon appart de plus d’une vingtaine de personnes et de déclencher un party dionysiaque trash malade avec plein de filles qui dansent dans mon salon, c’est pour moi une grande réussite, ça me remplit de gratitude, je remercie tout ceux qui sont venus, je suis content que vous ayez apprécié, ça me pousse à ignorer le sentiment de « plus jamais je ne referai ça » que j’ai eu en constatant les dégats et les débris le lendemain matin (heureusement j’ai eu de l’aide pour nettoyer).
22. Aussi, en me réveillant le lendemain matin j’avais la chanson de la finale de Chrono Trigger dans la tête, « To far away times ». C’est le dernier voyage de la machine à voyager dans le temps Epoch, on va reconduire nos compagnons dans leurs époques respectives, Robo dans le futur, Ayla dans le passé lointain, Frog au Moyen-Âge, Magus disparaît, ne reste que Chrono, Luca et Marle, la paix a été conquise, c’est la fin d’une longue histoire – il faut se séparer, nos compagnons nous quittent, on ne les reverra peut-être plus jamais. C’est une musique d’adieu, pleine de mélancolie, mais aussi d’espoir, ça m’arrache le cœur à chaque fois, c’est parmi les plus belles musique de jeu vidéos de tous les temps.

23. Merci pour ce texte et merci d’être passé, cher homonyme.

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Métalziak 2012

27 décembre 2012

Metalziak2

Une forte tempête balaie Montréal, ma fenêtre est recouverte de glace et remplie de neige malgré que j’habite au troisième étage, le vent se faufile partout dans ma chambre, la nuit tombe. Toutes traces de chaleur et de lumière menacent de se dissiper. Moment idéal pour parler de mes disques de métal préférés de l’an 2012.

Le métal est un réservoir des formes musicales qui évoluent suivant des pressions extrêmes, comme les espèces étranges qui survivent dans la chaleur des fosses océaniques à des kilomètres de la lumière du soleil. D’année en année les structures deviennent de plus en plus abstraites, les voix plus inhumaines et inintelligibles, les guitares et batteries fusionnent comme des ouragans dévastateurs, les pochettes d’albums évacuent les logos : le métal est écosystème poussant toujours plus loin la tentative d’exprimer ce qu’est le monde au-delà de l’humain. Musique nouménale.

La vérité de la vie c’est la mort, la nature est indifférente à notre sort, nous serons tous éliminés, nous disparaîtrons bientôt sans laisser aucune trace dans l’extinction totale de notre espèce et l’engloutissement de notre planète par notre soleil voué à s’éteindre lui aussi, les galaxies seront disloquées par l’expansion de l’univers, la température en chute libre jusqu’au zéro absolu. Le métal est la rage et l’énergie, la puissance et le désespoir, la beauté dans l’annihilation  Le réel pulvérise nos tragédies en radiation cosmique, le réel est création sans conscience et destruction aveugle, le réel est amour cruel universel. Nous sommes des éclairs dans les ténèbres, rien d’autre.

Voilà ce qu’est le métal, pour moi. Le métal n’a rien à faire de votre ironie, de vos excès de self-consciouness, de vos modes, votre monde, votre culture, vos états d’âme. Pis le métal, ça buche en crisse. Darnziak est metalhead depuis 20 ans et ne cessera jamais de l’être. Voici les albums que j’ai préféré cette année, dans le désordre.

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MutilationRites

Mutilation Rites – Empyrean

Spirale de noirceur et épées aiguisées. Musique de guerrier. Black metal USA.

Extrait : Realm of Dementia

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krallice

Krallice – Years past matter

Monument au-delà de la compréhension humaine les antennes dressées vers les formes de vie inconnues sous les mers de méthane de Titan. Black metal expérimental, progressif, d’avant-garde, ce que vous voulez.

Extrait : IIIIIIIIIII/IIIIIIIIIIII

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natchmystium

Nachtmystium – Silencing Machine

Machine métallique noire acérée qui m’a longtemps accompagnée au cours des batailles sanglantes qui ont fait rage dans mon esprit lors de mes traversées de Villeray. Après leurs expérimentations pop et psychédéliques, Nachtmystium revient au pur black metal.

Extrait : Silencing Machine

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BosseDeNage

Bosse-de-Nage – III
Postrock à la Slint + Black metal atmosphérique + Paroles surréalistes. Une nouvelle branche évolutive.

Extrait : The God Ennui

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AshBorer

Ash Borer – Cold of Ages

Muraille de glace noire. Black metal atmosphérique.

Extrait : Removed Forms

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TheHowlingWind

The Howling Wind – Of Babalon

Magie noire, black metal.

Extrait : Scaling the Walls

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Pallbearer

Pallbearer – Sorrow and Extinction

Lueur de triomphe à l’aube après la nuit la plus sombre de l’année. Doom metal classique.

Extrait : Foreigner



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Aldebaran

Aldebaran – Embracing The Lightless Depths

L’echo des canyons désertés par l’épuisement terminal de toute forme de vie. Doomdeath.

Extrait : Sentinel of a Sunless Abyss


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BellWitch

Bell Witch – Longing

Osciller au bout d’une corde sous la malédiction des sorcières. Doom metal.

Extrait : Bails (of Flesh)

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Dawnbringer

Dawnbringer – Into the Lair of the Sun God

Le récit d’un guerrier dont la mission est de tuer le dieu-soleil et éteindre enfin toute lumière. Heavy metal classique, l’esprit épique d’Iron Maiden réactualisé.

Extrait : II

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Remarques :
– Tous ces groupes viennent des États-Unis. Est-ce que cela signifie quelque chose?
– Bizarrement certains ont inclus dans leurs « top metal 2012 » les derniers albums de Swans et de Godspeed you! Black Emperor. Même si ce sont également mes albums favoris de l’année, et qu’ils sont plus heavy que tout ce qu’on trouve ici, je les placerais dans une catégorie à part. Je n’ai pas inclu le dernier album de Menace Ruine non plus, malgré qu’il est un de mes préférés.

Bilan de l’âge du christ

25 septembre 2012



À l’âge de 33 ans m’a vie s’est fendue et réorientée sous un angle différent. Séisme, glissement de terrain. Ma blonde est partie. J’ai vécu seul dans de grandes pièces froides, de grandes pièces vides, dans le fond du désert de Rosemont. J’ai vécu seul dans un long appartement en pente suspendu au-dessus de Villeray.

À 33 ans j’ai été injoncté, unfriendé, trahi.

Les menaces judicaires suspendues au-dessus de ma tête, les autos de police devant le collège Montmorency sous la pluie. Un message de marde sur facebook envoyé complètement saoul à 3 heures du matin pour me faire unfriender le lendemain. À 33 ans il m’a juré à trois reprises qu’il ne ferait rien mais il l’a fait quand même.

À 33 ans, j’ai participé aux lancements, j’ai assisté aux lectures, je suis resté jusqu’à la fin de tous les partys. J’ai jasé avec les auteurs, les dessinateurs, les poètes, les profs, les artistes, les comiques, les fuckés. J’ai eu des conversations, des discussions, des débats. J’ai parlé jusqu’à plus soif. Je me suis couché au lever du soleil, je me suis fait de nouveaux amis, j’ai renoué avec les anciens. À 33 ans j’ai perdu un ami important.

J’ai écrit des récits d’autofiction, des poèmes de saoulon, des notes de blogues, deux longs essais philosophiques, j’ai fait des dessins de beubittes et de monstres. À 33 ans on m’a parlé comme si j’étais un auteur. À 33 ans on m’a lu. J’ai participé à l’aventure Terreur Terreur. Je me suis engueulé dans les commentaires, j’ai assisté aux batailles des autres. À 33 ans j’ai lu mes amis.

À 33 ans je me suis fait une petite grande soeur et avec elle j’ai fini Super Mario 2, Super Mario 3 et Super Mario World, 52000 messages facebook et une cinquantaine de gueros mails plus tard. À 33 ans j’ai raconté ma vie comme une histoire, j’ai écouté la sienne de la même manière. À 33 ans j’ai squatté dans le Manoir Deluxe de la sylvidre aux cheveux verts.

À 33 ans autour de moi le malheur frappait comme la foudre. L’été triste de mes amis, l’été de l’injustice. Les corps malades, les esprits malades. Traitement de chimio, pilules d’antidépresseur, psychologues, fatigue intense, arrêts de travail, séjours à l’hôpital, crises de panique, infestation de punaises. Même les chats, mêmes les chattes ont séjourné à l’hôpital. Et moi je traîne mon oneitis.

J’ai enseigné la caverne de Platon, le cogito de Descartes, le nihilisme de Nietzsche, la liberté de Sartre. Des centaines d’étudiants m’ont entendu vociférer, m’ont vu suer et gesticuler, me beurrer de craie et pester contre mes crayons à l’encre vide. Quelques-uns sont venus me serrer la main et moi je sortais toujours de la classe en flottant un centimètre au dessus du sol, le torse brûlant, exalté, un sourire fendu à travers le visage, amoureux de ma job.

À 33 ans trois chalazions sont entrés en éruption autour de mes yeux. Trois coups de scalpel furent donnés dans mes paupières pour les retirer et j’ai marché l’oeil sous un bandage à travers les rues de Montréal. Borgne. Pirate. À 33 ans j’ai bu trop de café, j’ai mal dormi, j’ai trainé mon iPad dans le lit durant les nuits d’insomnie. À 33 ans j’ai traversé la ville à pieds d’un bord à l’autre à répétition.

À 33 ans j’ai donné un cours en plein air avec un chandail de Deleuze-Guattari, un carré rouge et un micro. Je me suis engueulé avec mon père à propos de la hausse. J’ai scandé durant mon cours dehors que mon père est riche en tabarnak.

Au Il Motore, j’ai vu the Twilight Sad collé sur le stage, j’ai headbangé devant Skeletonwitch à m’en arracher la tête, j’ai beurré un kleenex entre chacune des tounes de Radiohead au Centre Bell, perdu la moitié de mes cellules auditives grâce à Mogwai au Métropolis. J’ai fait le tour du parc maisonneuve avec The Sound, j’ai marché tête basse à Villeray avec Swans, je me suis lové au fond d’un taxi en pleine nuit avec Chromatics. J’ai donné du tip à une trentaine de taxis et j’ai rôdé les tunnels darques avec les amis de la musique souterraine.

J’ai passé des centaines d’heures devant facebook à rédiger des statuts, à commenter, à stalker. J’ai suivi l’actualité durant la grève, j’ai tenté d’être clever pour attirer l’attention. Jeter des bûches dans le poêle pour entretenir l’amitié, être hypnotisé des heures face au vide, à cliquer partout, à siphonner des likes comme si c’était de l’amour. À surveiller ce qu’elle faisait. À 33 ans j’ai gaspillé du temps et je n’ai pas lu assez de livres. J’en ai acheté des dizaines quand même et j’ai oublié ma guitare dans l’armoire.

J’ai mangé souvent hors de chez moi. J’ai oublié ma vaisselle sur le comptoir. J’ai sorti les poubelles et le recyclage, j’ai flatté mon chat. J’ai veillé sur le balcon. J’ai abandonné ma religion.

À 33 ans j’étais Drunkziak. J’ai bu davantage d’alcool que durant les dix années précédentes. De la bière. J’ai dansé saoul avec un abat-jour sur la tête entouré de dizaines d’auteurs de bande-dessinée. Du rhum. Du scotch. J’ai chanté saoul la chanson de Saint-Seiya sur un bixi avec Mathieu Arsenault. Du whisky. De la vodka. Oh combien de bixaouls j’ai piloté à travers le Plateau et Rosemont et Villeray. Du vin. J’ai vomi de la bile avant d’aller rejoindre la chambre vide de celle que je convoitais en vain. De l’hydromel. Je suis tombé en amour pour rien.

À 33 ans j’ai eu plus que ma dose de tristesse. Je suis devenu emoziak. Quelques fous rires m’ont fait tomber de ma chaise et hors du lit. J’ai eu du fonne, je me suis ennuyé, j’ai angoissé, j’ai eu de la peine, j’ai eu le rhume, j’ai éternué. J’étais seul et j’étais accompagné. À 33 ans j’étais obsédé la moitié du temps. À 33 ans je l’ai cherchée et je l’ai fui dans les rues de Villeray. À 33 ans j’ai contemplé le ventre des avions par en-dessous sur mon balcon. Sadziak, plane porn.

J’ai été soulevé par l’espoir, par le battement des casseroles dans les rues. Le tapage m’a assourdi sur Laurier, sur Masson, à travers Villeray et Rosemont. J’ai marché avec l’Anarchopanda, j’ai pété trois cuillères de bois en tapochant sur un chaudron. J’ai porté une grande pancarte « même ma chatte est contre la hausse » à travers les rues de Montréal, j’ai accompagné un ami et sa pancarte de Ewoks et leur chanson de la victoire Yub Nub, j’ai crié des slogans incompréhensibles, j’ai été transporté pour la première fois par une cause plus grande que moi. Une cause qui a vaincu, pour une fois.

À 33 ans une fille m’a arraché mes jeans dans ma cuisine, une autre m’a entrainé dans son lit. À 33 ans j’ai souvent oublié de regarder du porn. À 33 ans une fille m’a dit qu’elle n’était pas apte à avoir une relation. Un mois plus tard, elle était avec un autre. Un autre que je connais trop. À 33 ans je l’ai perdue et je n’ai pas réussi à l’oublier.

À 33 ans j’ai vu l’Islande, son soleil suspendu au-dessus de l’océan à minuit – Sólstafir, rayons crépusculaires. J’ai vu les montagnes dénudées, vertes phosphorescentes, les déserts volcaniques, les champs de lave recouverts de mousses. J’ai marché dans les hauteurs de Skógar, traversé le sable noir de Vík í Mýrdal, été ébloui par le paysage tordu de Landmannalaugar, eu le souffle coupé par la vision des glaciers en embuscade au dessus des montagnes de Skaftafell. Le bleu électrique éblouissant de la lagune glaciaire de Jökulsárlón m’a viré à l’envers et j’ai passé dix jours sans parler à personne.

À 33 ans j’ai bu du Brennivín en rigolant dans ma chambre à l’ombre de la cathédrale Hallgrímskirkja à Reykjavík. J’ai eu une crise de larmes dans une auberge de l’île de Heimaey sous le brouillard à l’ombre du volcan Eldfeld. Vestmannaeyjar blues. De cette distance je pouvais mesurer tout ce que j’avais perdu, tous ceux qui me manquaient. À mon retour j’ai été humilié par ce qui se tramait en mon absence.

À 33 ans je n’ai pas dit que l’autofiction c’est de la marde. À 33 ans j’en ai écrit et continuerai d’en écrire, encore un moment.

À 33 ans Ed Hardcore m’a dit pendant que le soleil se levait sur sa terrasse « t’es un crisse de brain mais tu te laisses trop diriger par tes émotions. »

C’était 33 ans, l’âge du christ, l’âge où Jésus fut crucifié. J’y ai survécu avec quelques cicatrices de plus, peut-être pas une couronne d’épines, peut-être pas des clous dans les paumes, mais ça a fait mal quand même, j’ai des gales, j’ai des poques, j’ai des bleus, mais ce n’est pas grave, je m’essuie, je me relève, je recommence. À 33 ans il y a eu de la lumière aussi, il y a eu les amis, et je suis toujours là.

Une bonne année? Une mauvaise?

Aucune idée, mais elle est terminée.

Musique souterraine V

7 mai 2012

Chronique musicale mensuelle – mai 2012
Notre groupe facebook « Les amis de la musique souterraine » a pris son envol et fonctionne bien. Je vous invite à vous y joindre, les règlements sont par ici.

Je vais tout de même partager ici ce que je préfère parmi les découvertes du mois précédent. Voici ce que j’ai écouté en boucle durant ce mois d’avril, durant un climat de crise sociale intense.

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Synthpop
La chaleur froide des machines décongèle mon cœur encore.

Com Truise

Chanson : Broken Date
Album : Galaxy Melt (2011)

La chanson la plus jouée ici chez Darnziak en avril. Sons électroniques jouissifs.

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Drokk

Chanson : Lawmaster/Pursuit
Album : Music inspired by Mega-City One (2012)

Projet de Geoff Barrow de Portishead, musique électronique minimale inspirée par le comics Judge Dredd. Sur Bandcamp.

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Brusque Twins

Chanson : What Else is There to Say?
Album : A Voice In The Night (2012)

De Montréal. Sur Bandcamp.

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Rational Youth

Chanson : Close to Nature
Album : Cold War Nightlife (1982)

De Montréal, il y a longtemps. Superbe synthpop, influence de Kraftwerk.

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Postpunk
Musique spasmodique.

Blouse

Chanson : Time Travel
Album : Blouse (2011)

Est-ce la bonne catégorie? Je ne sais pas. C’est plutôt pop, mais j’aime ça.

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PIL (Public Image Limited)

Chanson : Albatross
Album : Metal Box (1979)

Incapable de contrôler les sautillements de mon corps à l’écoute de cet album, classique du postpunk que j’avais laissé passer inaperçu.

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Killing Joke

Chanson : Complications
Album : Killing Joke (1980)

Killing Joke apparaissait à mon esprit chaque fois que je voyais des images de manifestations qui tournaient mal. La peur de la brutalité policière en musique. Peur, colère, oppression, un sale mois d’avril.

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Postrock
Votre dose d’épique.

Sigur Rós

Chanson : Ekki múkk
Album : Valtari (2012)

Le groupe de postrock islandais Sigur Rós est dans mon top 3 de tous les temps. Un leak de leur nouvel album est déjà trouvable sur internet. À première écoute, mon visage était déjà baigné de larmes. C’est magnifique. J’adore leur nouvelle direction : après un album plus pop et plus folk, ils reviennent à une forme de musique ambiante très éthérée, flottante, mélancolique et sombre mais offrant des éclairs de beauté presque intolérables. C’est le Sigur Rós que je préfère, celui glacial et majestueux de l’album ( ) (2002).

J’ai hâte de visiter leur terre natale cet été.

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Mount Eerie

Chanson : The place lives
Album : Clear Moon (2012)

J’ai connu Mount Eerie l’automne dernier, écoutant sans cesse l’album Lost Wisdom. Un projet folk mais assez expérimental pour se rapprocher du postrock, de l’ambient ou de d’autres trucs non-identifiables. Très forte mélancolie et imagerie inspirée par la nature. Nostalgie de la forêt. Le nouvel album est beau.

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This will destroy you

Chanson : Little smoke
Album : Tunnel Blanket (2011)

Au départ, du postrock. Désormais une forme d’ambient lourd, ténébreux, oppressant mais beau. On suffoque dans la fumée mais les ombres sont belles.

Les geeks aussi lisent Bukowski

16 avril 2012


Ma dernière histoire de geek pour Terreur! Terreur! est en ligne.
On la retrouve ici : Les geeks aussi lisent Bukowski.

Dans l’ordre chronologique, c’est le dernier texte de la série trash geek love. Après cette histoire, j’ai vécu une vie de couple tranquille. Avant, il s’est passé bien autre chose, mais le raconter pourrait :
1) Nuire à certaines personnes.
2) Tomber dans la pornographie. (Et ça ne m’intéresse pas).
3) Être interminable. (Certaines histoires se sont étirées sur des mois, voir des années).

À moins qu’il me vienne une idée pour un autre texte bref, cela devrait mettre fin à ma série. Je vais me concentrer maintenant sur un projet beaucoup plus vaste. Je considère avoir fait le tour de ce filon, du moins pour l’instant.

Je n’ai pas l’intention de continuer à écrire de l’autofiction. J’ai écrit ces histoires pour m’en débarrasser. De toute manière, la vie d’un geek n’est pas inépuisable. On en fait vite le tour.

Par contre, dans ces quatre textes, j’ai trouvé des thèmes qui eux, sont des puits sans fond.

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La bande sonore de l’été 2003
La musique que j’écoutais le plus souvent durant cette période.

Sigur Rós – Svefn-g-englar

(musique d’amour)

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RadioheadTrue love waits

(musique de peine d’amour)

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RadioheadI might be wrong

(musique d’ennui écrasant)

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Interpol – Turn on the bright lights

(musique d’espoir)

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Autechre – TearTear

(musique de nihilisme à 4 heures du matin)

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À venir :
J’ai une idée de texte à venir, pour ici : à propos de deux manières de vivre connectées à internet, la vie de lurker et de leecher qui était la mienne de 2003 à 2011, et ma vie d’interaction constante de 2012. À venir dans un avenir rapproché.

Les amis de la musique souterraine

11 avril 2012


Première esquisse du concept de « darque »

Il faut se rendre à l’évidence : parler de ses goûts musicaux sur un blogue, en 2012, ça ne fonctionne pas. Je vais mettre fin à ma chronique mensuelle.

Deux de mes amis et moi avons créé un groupe facebook pour partager nos découvertes musicales : Les amis de la musique souterraine. Ça fonctionne beaucoup mieux. On s’amuse beaucoup là-dedans, on découvre sans arrêt de nouveaux trucs en partageant des vidéo youtube.

On accepte tout le monde. La seule règle : « On veut de la musique darque. On veut de la musique de souterrains. » Il ne s’agit pas nécessairement de musique underground ou méconnue, ce serait bien trop large, cela pourrait inclure n’importe quoi. L’important, c’est que ce soit « darque ».

Que signifie « Darque »? On est en train de former le concept, de manière empirique : à partir de ce qu’on aime. Chacun des fondateurs à des goûts légèrement différents, mais il y a un noyau central qu’on essaie de cerner à chaque entrée nouvelle.

De mon côté, je penche plus vers le postpunk, l’électro minimal, le postrock sombre. Je partage aussi occasionnellement du black metal, pourvu que ce soit atmosphérique.

Quelques indications du son recherché :
Sombre > Lumineux
Triste > Joyeux
Froid > Chaud
Minimal > Maximal
Lent > Rapide
Répétitif > Varié
Instrumental/Peu de paroles/Basses dans le Mix > Le contraire

Ce sont des tendances. Cela peut être contredit et être bon quand même. On part de la musique pour former le concept, pas l’inverse.

Quelques exemples pêle-mêle :
A Place to Bury Strangers, Autechre, Austra, Bauhaus, Cocteau Twins, Dead Can Dance, The Chameleons UK, The Cure, Crystal Castles, Cosmetics, Chromatics, Grouper, Joy Division, Ladytron, New Order (début), Oppenheimer Analysis, Oneohtrix Point Never, OOoOo, Portishead, Trisomie 21, The Lost Rivers, Trust,  Salem, The Soft Moon, The KVB, Troum, Unison, White Ring, Year of no light, Zola Jesus, †‡†, etc.

Le groupe fonctionne un peu comme un jeu : si quelqu’un se risque à poster un vidéo, il sera évalué selon son degré de darquitude et sera soit accepté, soit rejeté, par l’un des tyrans méchants et absolus qui règnent sur le groupe. Je suis le prof Darnziak et je suis sévère. Mais on ne se prend pas au sérieux, le but est de s’amuser et de découvrir de la nouvelle musique. Le soir, on parle aussi dans le chat du groupe, c’est comme dans le bon vieux temps d’IRC.

Vous êtes les bienvenus.

La plus belle fille de la classe

12 février 2012

Juste à temps pour la St-Valentin, une autre histoire d’échec amoureux : La plus belle fille de la classe.

C’est mon deuxième texte de Trash Geek Love pour Terreur! Terreur! Mon projet : en faire une série, me rendre au moins jusqu’à cinq. J’ai encore quelques vieilles histoires à revisiter. Je me lance dans la récupération : ce texte intègre des fragments de journal et de ma première tentative de roman (inédit, refusé partout) datant de 2003.

* * *

Autre projet artistique à venir : je me suis inscrit à l’atelier de bande-dessinée de Jimmy Beaulieu. Je vais faire de la BD à nouveau.

* * *

Il resterait à reprendre ma guitare et enregistrer le prochain album de Northwood Ice Pentagrams : Forever Alone in Rosemont.

Stay tuned for more Darnziak.