Archive for the ‘Vie’ Category

L’hiver à reculons

23 mars 2014

honte

 

Le premier janvier 2014 j’ai fait le souhait to fall out of love.

J’ai brisé quelque chose.

* * *

La première image qui m’est venue est celle du petit animal blessé qui se cache pour lécher ses plaies.

Je hais cette image. Je hais susciter la pitié.

* * *

En février c’était l’image du prisonnier d’un ascenceur en panne.

Noirceur totale, attendre les secours.

* * *

Ensuite en mars c’était l’image de l’impasse.

Entrer malgré l’écriteau cul de sac. Marcher plus d’un an avant d’atteindre le mur. Depuis il n’y a plus qu’à rebrousser chemin, mais c’est long, émerger d’une impasse à reculons en fixant le mur du fond.

Ça irait plus vite si je me retournais, mais il fait froid.

C’est l’hiver.

* * *

C’est la même image quand il me disait :

« Je te connais depuis vingt-cinq ans, je sais comment tu fonctionnes. Je t’ai vu aller plusieurs fois. Tu marches vers un mur comme si tu te disais ce mur n’existe peut-être pas, c’est peut-être une illusion. Tu le vois mais tu fonces dedans quand même. »

* * *

On m’a fait de beaux commentaires à propos de mon texte sur l’année de mes trente-quatre ans, en septembre dernier. Ça me rendait mal à l’aise. Je n’aime pas ce texte. Il est faux. Il amplifie des miettes de positif et cache le plus important.

C’était une année d’impasse et il faisait de plus en plus noir.

* * *

Toutes les nuits vers quatre heures AM je me réveille et ça tourne dans ma tête. Peu de temps après, le chat commence à miauler. Je ne me rendors pas.

Toutes les nuits.

* * *

— L’autre fois quand tu parlais, j’ai cessé de t’écouter. J’ai eu l’impression d’avoir fait le tour de toi.
— Je comprends. Mais tu sais pas ce que c’est. C’est comme tomber dans un trou noir.

C’était la dernière image et j’ai eu peur.

Même à reculons on ne peut jamais sortir d’un trou noir.

* * *

J’ai surtout honte. Je me sens coupable.

* * *

Je ne me suis jamais plaint de l’hiver de ma vie, mais celui-ci m’épuise. Je vieillis, peut-être. Il y a du blanc dans ma barbe. Ma barbe ne me protège pas.

* * *

Et puis un jour dans mon dos ce sera le printemps.

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Zen et l’art du bruxisme (Notes de fin d’automne)

4 décembre 2013

Sourire

Ma fatigue ressemble à un enlèvement extraterrestre.

Je progresse dans ma collection de blackouts.

Ma grand-mère laissait la radio allumée pour avoir de la compagnie.

Je passe d’une pièce à l’autre. Je lis quelques paragraphes, laisse tomber le livre sur le divan. Je veux un wagon de métro dans mon salon. Dans le métro, ce qui m’entoure m’indiffère à un point tel que tout est anéanti sauf le livre entre mes mains. Je veux vivre avec ma bibliothèque dans les souterrains de Montréal. Je pourrais lire jusqu’à la fin des temps.

4 novembre : 18 likes.
5 novembre : 12 likes.
5 novembre : 14 likes.
10 novembre : 15 likes.
16 novembre : 11 likes.
18 novembre : 10 likes.
19 novembre : 16 likes.
20 novembre : 11 likes.
22 novembre : 17 likes.
24 novembre : 13 likes.
29 novembre : 12 likes.

Garder sa réputation de geek même si on ne joue à aucun jeu vidéo de l’année.

Crise intense de narcissisme. Ne plus cesser de se trouver beau dans le miroir. Mais surtout ne pas sourire, on ne peut pas se repasser le visage comme une chemise. Grand pli. Fissure. Canyon. Vieillir.

Ma mère laisse la télé allumée pour avoir une présence.

On est en train
de me démonter brique par brique
des morceaux
des pans de murs entiers
s’en vont

je les sens partir.

Facebook me fait souffrir, deux fois je prend des vacances, mais bien sûr les interfaces sont neutres, la trappe à souris est neutre, Mark Zuckerberg n’a pas de système de valeur, ce n’est que coïncidence, casino, mort aux rats.

Cockblock omerta.

#antihashtag.

Souvent
je préfèrerais
que tu likes.

Une épouse russe livrée par drone
te coupe l’électricité
les chats pullulent dans tes wet dreams
et tu attends les dernières gouttes
de fonne
comme la buée dans les fenêtres

moi aussi
je fais chambre à part
avec ma future
à onze milliards d’années lumières

sans jamais avoir le mauvais goût de se plaindre
la nuit nous sort par les oreilles à
force de repasser sur le fil
on peut le réciter par cœur

tout ce que tu aimes
sur l’écran de mon ordinateur.

* * *

T’as une grosse tête. T’es peigné comme un petit garçon. Ta chemise est pareille à celles du Steinberg. T’as des beaux bras, pas une once de graisse dessus. T’es comme Henry Miller. T’es pas dépressif. Tes yeux ont rapetissé. T’es cut. T’as l’air de Jean-Paul Sartre. T’es encore dans la caverne.

J’ai envie
de suspendre mes statuts comme
des panaches d’orignaux
et de fermer boutique.

J’ai lu des textes très littéralement.
-Jean-PhilippeBot

Un exemple d’angoisse métaphysique

29 novembre 2013

X

Dans le métro, quand un bogue crée une contradiction entre la voix de l’annonceuse robot et la station où le wagon arrive, par exemple si on entend « Jarry » et que les écriteaux se lisent « Henri-Bourassa », il m’arrive de douter de ce que je vois plutôt que de ce que j’entends, c’est-à-dire que je crois tout à coup que c’est la voix qui a raison.

Puis je me demande ce qui se passerait, si je débarquais dans cette station, et la peur me prend que ce ne soit pas le métro qui soit bogué mais la réalité elle-même, j’appréhende de descendre dans une station qui soit en même temps Henri-Bourassa et Jarry, ou qui soit un étrange mélange des deux, le quartier devenu un hybride bizarre de Ahuntsic et de Villeray, dans un univers où le signe « Henri-Bourassa » se lit désormais « Jarry », où je ne comprend plus mes souvenirs, où je ne retrouve plus mon appartement dans des rues brouillées, cryptées, méconnaissables.

Puis je me dis que j’ai trop lu Haruki Murakami et Philip K Dick et que je bois trop de café.

Une nuit chez Dyonyziak II

29 septembre 2013

The End

Mon homonyme Jean-Philippe Gravel raconte mon party de fête. Ce fut d’épique, en effet.

Petite réponse de ma part.

1. Je ne savais pas que tu ne connaissais personne, puisque tu es arrivé en même temps que plusieurs autres de mes amis, avoir su j’aurais fait des présentations.
2. J’ai acheté ce chandail rouge avec le logo « ego » en police Lego à Reykjavík, il a une triple signification pour moi : d’abord la reine des ténèbres ne cessait de dire que j’étais égocentrique, mais surtout, l’ego est la source de toute souffrance selon le bouddhisme zen, ce que j’expérimente douloureusement chaque jour, et enfant j’aimais beaucoup les blocs Lego et voulais un jour visiter Legoland au Danemark.
3. J’étais content que tu fouilles mes bibliothèques, toi qui est un des lecteurs le plus vorace et enthousiaste que je connaisse, mais as-tu vu celle dans ma chambre? C’est là que j’empile mes lectures courantes. De grosses piles.
4. Je suis anal avec mes livres, en effet on dirait qu’ils n’ont pas été lus parce que je les ouvre à peine quand je les lis, je ne veux pas briser la tranche, j’ai une manière de les tenir qui ne fait pas de tache d’acidité, je ne note jamais rien dedans, je ne veux pas les user ou les briser.
5. Un peu comme je caressais ma première blonde au début avant qu’elle me dise que c’est correct tu peux peser plus fort je ne vais pas casser en deux.
6. Mais avec les livres j’ai jamais voulu devenir sauvage.
7. J’en ai lu en crisse pareil – faudrait que tu vois ma caisse pleine de cahiers remplis de notes de lecture. Et de dessins dans les marges. Et de commentaires personnels parfois très longs. Et d’idées de trucs à écrire. Etc.
8. Mon chat pèse plutôt autour de 20 livres. L’an passé il était resté avec nous, mais cette année, trop de fureur et de bruit.
9. D’une autre perspective on dirait un tout autre party, je n’ai pas eu trop conscience de tout ce que tu décris.
10. Le rhume, le saké et le scotch m’ont embrumé l’esprit passablement.
11. J’adore que mon habitat soit investi de la sorte mais quand même, mes CDs par terre le lendemain, Woodman cassé, les jeux de DS dans le bol du chat, c’était moins drôle. Mais j’assume. C’était un risque à prendre.
12. Les trois bouteilles de scotch vidées et la caisse de 12 de Grolsch que j’avais mis là pour faire une expérience (genre : aurait-elle toute disparue ou non, réponse, oui), c’est parfait. Personne n’a touché au Brennivin islandais et à l’Aquavit norvégien, c’est parfait aussi.
13. Je ne peux pas croire que je me suis lancé dans mon cours sur Nietzsche en plein party, le passage sur la souffrance et la question de la valeur de la vie, je commence avec ça en classe à chaque fois, je l’ai trop donné ce cours, mais bon, c’est mon préféré.
14. Manne, j’avais complètement oublié que j’ai ouvert la porte de ma minuscule toilette pour trouver six-sept personnes empilées partout dans le bain et sur l’évier, et qu’elles se sont toutes dissipées d’un coup.
15. Je ne reconnais pas la majorité de la musique que tu cites, j’ai perdu le contrôle du stéréo assez tôt, il a été hijacké par une suite de DJs et c’est parfait. Je me souviens par contre qu’au début c’était ma playlist darque geek et subitement la chanson thème de Startropics au NES a retenti dans tout l’appart, ça m’a fait plaisir.

16. De mon côté plus la soirée avançait je me retrouvais dans un coin sombre sur mon lit avec un ami cher puis sur la table de télé avec un autre pour faire mon petit emo comme d’habitude.
17. Les caresses et frenchs et ces trucs-là je n’ai rien vu comme au secondaire je comprends toujours trop tard ce qui se passe partout autour de moi.
18. J’ai retrouvé des photos sur mon appareil que j’avais laissé traîner justement pour qu’on l’utilise, et ces images ne me disent rien – j’étais ailleurs, et j’aurais voulu être partout à la fois et parler à tout le monde en même temps.
19. Danser, je n’en ai pas trop de souvenirs, sauf sur Voyage Voyage que j’ai encore en tête deux jours plus tard.

20. Je me souviens à la fin de la lumière du jour et d’une ombre qui s’agite, qui empile les bouteilles sur la table, et qui me parle doucement, une voix lointaine, et moi allongé sur le divan, dans un de mes traditionnel fucking down de fin de party quand je refuse que l’intensité se dissipe comme quand j’étais enfant à noël et que je ne voulais jamais partir et aller me coucher, je veux toujours défoncer la nuit et être le dernier survivant.
21. Il y a deux ans seulement, l’une de mes pensées récurrente triste était « je n’ai pas d’amis » alors réussir à remplir mon appart de plus d’une vingtaine de personnes et de déclencher un party dionysiaque trash malade avec plein de filles qui dansent dans mon salon, c’est pour moi une grande réussite, ça me remplit de gratitude, je remercie tout ceux qui sont venus, je suis content que vous ayez apprécié, ça me pousse à ignorer le sentiment de « plus jamais je ne referai ça » que j’ai eu en constatant les dégats et les débris le lendemain matin (heureusement j’ai eu de l’aide pour nettoyer).
22. Aussi, en me réveillant le lendemain matin j’avais la chanson de la finale de Chrono Trigger dans la tête, « To far away times ». C’est le dernier voyage de la machine à voyager dans le temps Epoch, on va reconduire nos compagnons dans leurs époques respectives, Robo dans le futur, Ayla dans le passé lointain, Frog au Moyen-Âge, Magus disparaît, ne reste que Chrono, Luca et Marle, la paix a été conquise, c’est la fin d’une longue histoire – il faut se séparer, nos compagnons nous quittent, on ne les reverra peut-être plus jamais. C’est une musique d’adieu, pleine de mélancolie, mais aussi d’espoir, ça m’arrache le cœur à chaque fois, c’est parmi les plus belles musique de jeu vidéos de tous les temps.

23. Merci pour ce texte et merci d’être passé, cher homonyme.

L’année du darque knight

23 septembre 2013

Darque-Knight
Quand ma fête approche j’ai moins peur de passer pour un narcissique en parlant de moi, de toute manière si tu me connais, tu sais que quand je parle de moi je parle de toi aussi, alors je vais te donner de mes nouvelles.

L’an passé j’écrivais mon bilan de l’âge du christ : mes 33 ans, l’année des grands bouleversements, la plus mouvementée et chaotique de ma vie. La grève étudiante, une grande rupture, des tas de nouveaux amis, une histoire amoureuse impossible, l’écriture qui revient, la trahison, un déménagement à Villeray, un voyage en Islande, la maladie autour de moi, trop de facebook et beaucoup, beaucoup d’alcool. C’était une année intense, lyrique, qui tranchait violemment avec les années de stabilité et d’ennui qui ont précédé. Mes 33 ans, c’était déjà un roman.

Il y a une suite, c’est l’année de mes 34 ans, moins agitée, moins propice aux grandes envolées. Le darque knight gravit lentement le mont des épreuves. C’est l’année où je me suis installé dans une nouvelle forme de vie, une vie qui me convient. En 2002, quand j’ai quitté la maison de mes parents, je rêvais d’intensité, de sorties et de partys, de musique forte et d’alcool, mais surtout de conversations profondes jusqu’au lendemain matin, une vie entourée d’intellectuels et d’artistes, capable de m’inspirer, de me permettre de créer. Je voulais quitter les jeux vidéos dans le sous-sol du quatre cinq zéro, je souhaitais échapper à mon milieu geek. Je n’ai pas accompli cela tout de suite, j’ai fait de longs détours, je me suis égaré dans des culs de sac, j’ai passé des années en pénurie d’amitié, isolé dans des quartiers éloignés, à retomber dans les jeux vidéos pour tuer l’ennui, refaire tous les Final Fantasy au GBA, les Dragon Quest au DS, des années à ne plus pouvoir écrire et à me demander pourquoi – par écrit.

À 34 ans, je réalise ma chance : mes amis sont des professeurs de philosophie, des écrivains et des poètes, ce qui ne les empêche pas de faire un peu trop le party, j’ai maintenant accès à une source inépuisable de conversations passionnantes, je n’aurais jamais pû en espérer autant autrefois. Ils m’inspirent et je suis choyé. Je vis comme j’ai toujours voulu vivre : je me sens libre, j’ai un appart charmant, un quartier agréable, je me sens bien entouré, j’ai un travail que j’adore, un gros chat qui dort à mes côtés, je progresse lentement mais sûrement dans ce qui m’importe le plus, j’ai l’air de me vanter mais j’approche de ma vision de l’existence idéale. Même si la même année j’ai traversé les phases les plus sombres et désespérées de ma vie, à passer proche de crever dans la noirceur intégrale du désir d’effacement tétanisé par l’absence d’amour, même si je peux dire en même temps que ça ne va pas si bien que ça, en général, j’éprouve de la gratitude envers ma vie, j’ai surtout envie de dire merci.

Alors merci parce qu’à 34 ans j’ai repris l’enseignement, cette grande source de joie, j’ai découvert des tonnes de musique darque, une année Swans, une année Low, électro Chvrches, postpunk Holograms, metal Vorum. Raymond Bock dira « si Jean-Philippe danse c’est un bon party » et à 34 ans Jean-Philippe a dansé souvent, surtout all night sur Daft Punk.

À 34 ans j’ai approfondi mes amitiés de l’an dernier, j’en ai gagnées quelques nouvelles, j’ai fait d’autres voyages vers le nord, lieu de ma naissance, lieu d’apaisement : la Côte-Nord, la Norvège. Le fleuve de mon enfance, la forêt de mon enfance, et puis le plateau d’Hardangervidda, le mont Ulriken et les profondeurs du Geirangerfjord, du Hardangerfjord, du Sognefjord. Traverser la Norvège en train, en autobus. Une année à marcher, à Montréal, Port-Cartier, Oslo, Bergen, Ålesund. Une année Té Bheag, Bowmore, Talisker, Laphroaig. À année à lire tout François Blais, à me transformer en personnage de François Blais, à me retrouver face à face avec François Blais, une année à lire beaucoup de poésie, souvent sur le balcon, suspendu dans le ciel instagram.

À 34 ans, j’ai réparé des pots cassé, à 34 ans je me suis réconcilié. Retour à Louiseville, retour à Rosemont. À 34 ans, j’ai survécu à la pire brosse de tous les temps (5 heures PM à 4 heures PM le lendemain, je ne te le conseille pas), à 34 ans ma vie s’est apaisée. J’ai flatté de nouveaux chats et j’ai fini par l’oublier.

À 34 ans j’ai fait des dessins de beubittes, j’ai illustré deux fanzines : la punaise de lit (épuisé) et les araignées géantes du Québec. À 34 ans, j’ai avancé dans les Lost Levels.

8-3

Puis à 34 ans quand l’automne s’est approché j’ai tenté de vivre seul comme en Norvège, j’ai recommencé zazen, j’ai laissé les bouteilles de scotch dans l’armoire vitrée, j’ai désinstallé facebook de mon iPad, j’ai fermé le telex forever, j’ai voulu retrouver l’état d’esprit qui était le mien en scandinavie, au pays des fjords, des trolls, du black metal, où j’ai réussi à vivre seul deux semaines sans aucune conversation, sans que personne ne me manque, sans jamais ressentir la moindre loneliness, mais plutôt un sentiment de liberté, d’indépendance, d’apaisement, et depuis je me questionne sur les conditions de possibilité d’une telle sagesse ici à Montréal, où facebook nous rappelle sans arrêt qu’il se passe autre chose ailleurs et que t’es pas là. Ce n’est pas accompli mais les factures de SAQ diminuent, je lis presque autant de livres que j’en achète, longtemps je me couche de bonne heure, et je me dis qu’un équilibre est sûrement possible au point que je finisse par me mettre à cuisiner, on peut rêver.

À 34 ans, j’approche le sommet du Mt.Ordeals. J’en vois la cime. Il ne reste plus qu’à m’affronter moi-même en combat singulier, et je serai paladin.

C’est ce que je fais les jambes croisées chaque soir, devant le mur de ma chambre.

* * *

À 34 ans, j’ai surtout voulu devenir écrivain. J’écris tous les jours, même si je garde presque tout pour moi. J’écris un journal que je ne partage pas.  J’ai terminé une longue autofiction (75 pages) impossible à publier. J’ai rushé comme un malade sur La reine des ténèbres, le dernier épisode de ma série trash geek love. C’est le texte le plus difficile que je n’ai jamais eu à écrire. Je l’ai commencé il y a plus d’un an, je n’en suis pas venu à bout malgré de multiples relectures obsessives de mon journal, des centaines de pages de notes, malgré plusieurs faux départs, malgré l’avoir mis de côté trop longtemps, récit de fucking friendzone impossible, une traversée de l’enfer des geeks. Mais juste avant ma fête, je crois l’avoir lancé sur une bonne voie. J’ai confiance, je le terminerai cet automne. J’aurais aimé écrire davantage, mais je sens que je fais des progrès, c’est assez pour me réjouir. Ça, et les teintes dorées dans les arbres.

terreur7

À 34 ans, j’ai mis quelques textes en ligne, et à 34 ans j’ai envie de les ressortir, faire une rétrospective de Darnziak de l’an passé, une occasion de reprendre ce que tu as manqué, les textes de blogues sombrent tellement vite dans l’oubli et je ne veux rien oublier.

Sur mes blogues :
1) Drunkziak. Des poèmes de drunk, parfois écrits au retour des partys en fort état d’ébriété, mais souvent en trichant, parfaitement sobre mais simulant l’ivresse en plein après-midi, les poètes sont toujours ivres de toute manière. À 34 ans, j’ai enfin aimé la poésie – en lire, en écrire. Et puis Poème sale m’invite à Trois-Rivières, viens me voir au Off le 12 octobre!

2) Le darque knight au mont des épreuves. Final Fantasy IV et la sagesse, les jeux vidéos ne sont pas qu’abrutissement mais vision du monde, ce n’est qu’un commencement, regarde-moi bien aller.

3) Le marais que-personne-n’en-est-revenu. Où je revisite un jeu de commodore 128 que j’ai programmé à l’âge de 10 ans, je prends des photos du jeu au complet juste avant que l’écran saute et fasse disparaître mon œuvre pour toujours.

4) Retour sur le concept d’espoir. Critique d’une philosophie du désespoir, retour de l’idée d’espérance dans ma vie. Ce fut une baloune crevée, mais on n’est pas obligé de le savoir.

5) Au lit avec Darnziak. Dans lequel je tente de circonscrire un problème central que je ne répéterai pas ici (indice, le dessin montre un batte), mais je peux vous révéler un petit secret, j’ai écrit ce texte suivant les conseils de papa Hemingway, complètement fucking saoul au scotch, mais oui je l’ai révisé sobre, mais oui c’est chiant que ce soit un seul paragraphe, je fais exprès pour décourager les adeptes du tl;dr, c’est quand même gênant, cette affaire-là.

Et puis Sur Terreur! Terreur! :

1) Manuel de Séduction. À force de trop analyser la game, à force d’apprendre par cœur tous les principes sans réussir à les appliquer, à toujours subir la beauté des femmes comme des coups de poing dans le ventre, à chaque fois se liquéfier en beta male quand tu me souris et à me dérouler à tes pieds comme une carpette, j’en suis venu à régurgiter tout mon désespoir amoureux passé, présent, futur, arrête ça, tu me donne mal au ventre tellement t’es belle.

2) La fois où Lora Zepam est partie au vent. Ma manière de tracer le portrait de ma belle gang d’amis littéraires trash geeks mongols et de leur vocabulaire délirant, ma façon de faire péter le compteur du plus long texte ever sur Terreur Terreur avec des digressions à n’en plus finir, et d’avoir un fonne noir à écrire, mais au fond, c’est surtout un hommage à mon amie la plus importante, Sophy.

Le texte se déroule la veille de la lecture publique de Drama Queens, le deuxième roman de Vickie Gendreau, qui a eu lieu à peine deux semaines avant son décès. Tout le monde était là. C’est l’événement le plus marquant de l’année pour mon clan de littéraires. Ce texte me rappellera toujours cette période précise de nos vies, la lecture émouvante, les funérailles étranges avec des tutus au Rialto, le after qui se termine chez moi, lire Testament, relire Testament au complet encore, tchatter avec Vickie sur facebook au retour de la pièce Vu d’ici en janvier passé, à huit heures le matin.

– J’ai pas arrêté de boire, je suis fucking ultra saoul.
– Normal, ça fait genre 12 heures que tu bois. Tu fais pas de fautes. Bravo.

Je ne parle pas beaucoup d’elle dans le texte, mais c’est aussi ma façon de lui dire adieu, bye belle fille de feu que j’ai trop peu connue, drama queen, flamand rose. Je vais toujours me souvenir que t’es la première à m’avoir appelé Morin, je n’oublierai pas Car Zizi, les dessins de pénis drunk et François Blais qui fait « …*!\..() **-*.. .?–==$*$*$*$ * $*$*$* $*$*$* $*$*$ *$*$*$!!!!! *!$*$!*$!*!!!* **$ $$!!!* ** ** *!!!! » dans le cerveau, oh nos cerveaux si fragiles, si précieux.

3) Drunkziak aux danseuses, texte hautement controversé, je suis aussi trash que Ed.Hardcore, on le sait.

* * *

Et puis voilà, c’est tout, ce sera ma fête, j’ai invité bien trop de monde dans mon petit appartement, on va passer à travers le plancher, on va passer à travers la nuit, on parlera trop fort jusqu’à enterrer la musique, je vais sortir mon scotch, je vais guérir mon rhume, les filles vont flatter mon chat et puis j’aurai 35 ans. Fin.

Statuts rejetés à l’eau (Notes de fin d’été)

4 septembre 2013

4sept

J’ai déchiré l’encolure de mon hoodie en le retirant pour prendre mon bain sans me déchirer la tête. Mes armoires n’ont pas de portes et tous mes interrupteurs pivotent à l’envers pour me convaincre de marcher au plafond. Mes squelettes dans le placard s’envolent comme des cerf-volants et je les attache au balcon. Je sors le marteau pour taper les clous qui jaillissent du plancher de la cuisine et ils repoussent aussitôt comme des marmottes dans un jeu de fête foraine. Je me rase moi-même les cheveux sur la nuque sans pouvoir me voir le derrière de la tête. Aucun œil supplémentaire n’accepte de s’ouvrir. J’ai les mains froides mais je garde les fenêtres ouvertes pour laisser la nuit rendre visite à mon chat. La lumière d’automne aiguise les contours des arbres le long de la rue jusqu’à ce que les feuilles tombent comme des couperets entre mes oreilles. Les traînées de vapeur derrière les nuages ont l’air de lignes de fuites dans une bande-dessinée. J’ai fermé le telex de mon facebook pour toujours. Je n’ai toujours pas touché à la barre de chocolat géante que j’ai ramenée de Norvège mais j’ai entamé la bouteille d’Aquavit avec Morin. Les poèmes se lisent debout face à la fenêtre qui donne sur la ruelle et la psychologie se lit replié en position fœtale par terre dans le coin du salon. Je ne serai jamais le stalker de personne. Mon introversion prend l’eau. Je n’attends plus grand chose sinon que la pizza finisse de cuire dans le four ou que mon esprit achève de décanter. La nuit passée j’ai rêvé de jambes de femme grandes ouvertes et de course poursuite dans les ruines d’une cathédrale. Quand je danse dans la cuisine je mets mon capuchon pour m’imaginer sans visage. J’ai repeint les murs avec de la nouvelle musique. Il n’y a toujours pas de rideaux à mes fenêtres et il n’y en aura jamais. J’ai scié mon clavier. J’ai veillé sans lumière. J’ai recommencé à m’asseoir face au mur. J’ai dormi plus qu’il faut. J’ai recommencé à écrire. La reine des ténèbres est une descente dans l’eau noire mais les forces reviennent avec l’automne. J’aurai trente-cinq ans bientôt et elle me disait que la seule différence avec la vie passée, c’est une longue ride qui est apparue sur ma joue gauche creusée par trop d’années à sourire de travers.

Meat Fail

20 août 2013

meat

Quand je suis paresseux, je bouffe des pointes de pizza au Pizza Doré, sous la station Berri UQÀM. Cette fois-ci le dude au comptoir est très concentré sur sa conversation en arabe avec l’autre dude quand il prend ma commande. Il me regarde à peine. Je demande « deux fromages ». Il me fait payer tout en continuant sa conversation, puis met une seule pointe dans l’assiette. Je dis « j’en ai demandé deux ». C’est un effort pour moi de demander ça. Il m’en donne une deuxième et me la fait payer encore, sans jamais arrêter de jaser et sans jamais me regarder. Je m’en vais enfourner ça aux tables dans les affreux corridors gris de Berri UQÀM, quand je vois une grosse tranche de pepperoni jaillir d’en dessous du fromage caoutchouteux de ma pizza. Fuck. De la viande. Je ne mange pas de viande. Qu’est-ce que je fais? J’enlève les tranches que je vois, mais j’ai trop faim, je prend une bouchée. Fuck. Je mâche de la viande. J’en avale un bout par accident, recrache le reste dans l’assiette. Qu’est-ce que je fais? Je vais me plaindre? Exiger qu’il me donne d’autres pointes? Tout le monde aurait fait ça, hein? Le client est roi, hein? Personne aime gaspiller son fric, hein? Non. Je suis dans un mood d’hyper introversion misantropique, un mood sauvage qui me donne envie de ne rien liker sur facebook de la journée, de me sauver de chez moi et marcher le visage fermé en écoutant du Slayer, de faire semblant de pas reconnaître des gens que je connais si jamais j’en croise, de me blottir dans un recoin de la bibli nationale à lire tout l’après-midi, un mood de laissez-moi tranquille j’essaie de retrouver mon esprit intact comme en Norvège. Demander deux pointes au lieu d’une a déjà épuisé ma volonté. La pizza pleine de viande grouille dans mon assiette. Alors je me dis : fuck it, je m’en vais, je me ferai à manger chez moi. Je jette la pizza? Je trouve que c’est du gaspillage, alors je la laisse là. Sur la table. Allez la bouffer si vous voulez, elle est peut-être encore là (enlevez le boutte que j’ai recraché si ça vous écœure.) Je prend le métro et je trouve particulièrement dégueulasse le grumeau de chair animale qui ne veut pas se déprendre d’entre mes dents. Le premier morceau de cochon à entrer dans mon corps depuis 2005. Je remercie le dude distrait qui m’a servi, je vais enfin perdre ma mauvaise habitude du Pizza Doré à Berri-UQAM où je me dis à chaque fois que j’y vais depuis 1999 que c’est quand même affreux de toujours rouler dans les mêmes ornières. Je n’y retournerai plus jamais, j’en fait le serment public. C’était un meat fail, une aventure d’un végétarien asocial de mauvaise humeur, bonne soirée.

Juste avant de partir

24 juillet 2013

Drunkziak
Mon vol vers la Norvège est retardé d’une journée mais la Norvège vient me chercher chez moi, il fait seize degré à Montréal en plein juillet, j’enfile un chandail à manche longue et marche de Villeray au mont Royal, je grimpe la montagne et parmi les arbres je coupe la musique, depuis plus de dix ans marcher dans les bois me rappelle ce qui est important, je pense à chaque fois à l’écriture, auparavant c’était de l’automutilation « tu n’écris pas! tu dois écrire! », à présent ce sont des phrases, des fragments d’histoires, des idées de structure, je les laisse prendre forme dans ma tête sous les branches pendant que je respire l’air frais, en arrivant au sommet je m’assois au belvédère face à la ville et la montérégie déployée, je veux les noter,

t’aimes la distance qui apparaît
quand tu te parles
à la deuxième personne
tout juste l’espace
pour te cacher

souhaiter la fin
de tous les liens
souhaiter
le malheur universel

des ciseaux pour couper
le fil de nouvelles
carcasses de pigeons
dans les fossés

mais les phrases se sont estompées sauf celle qui disait que l’écriture me rendra invulnérable, je descend vers le centre-ville et l’écriture disparaît, monte en moi pour la remplacer un intense bien-être l’inverse absolu de la dévastation de l’esprit de ce matin, je l’attendais j’ai marché loin pour l’atteindre cet envol, la grande joie de sentir son esprit jeter du lest et n’être plus rien, Montréal me donne l’automne en plein été, je marche sur St-Catherine puis bifurque sur Bleury pour éviter le festival juste pour rire, l’humour ce n’est pas drôle, je refais le parcours de la fois où Lora Zepam est partie au vent, je vois encore les battes en bois dans la vitrine d’une galerie d’art mais la nostalgie ne peut me rattraper je marche trop vite, je vais beaucoup plus loin dans le vieux port la sensation d’être déjà parti en voyage en mouvement disparu d’avoir échappé à mes poursuivants, j’ai envie de rire et c’est le coucher de soleil que je manque sur mon balcon, je marche encore jusqu’à Berri-UQAM pour aller le rejoindre, je lis de la poésie dans le métro, chez moi je capte les derniers rayons installe le chat sur mes genoux, lis un peu, écris un peu, bonne grande fatigue de grand air pur, le sommeil qui viendra sera long et doux comme mon chat, cette journée ne fut pas gaspillée, je n’ai plus de regrets d’avoir perdu un jour en scandinavie.