La fille à la robe bleue qui dansait en avant de moi au show de Swans

19 juin 2014

dark

Ta nuque perce un tunnel
au sommet de mon crâne
et tes poignets creusent
ma moelle
et tes chevilles
déchirent mon périnée
et je suis certain
que tu es nue quelque part
mais ici
tu as oublié ton visage
et le sexe partout veut me tuer
mais je suis vivant
entends-tu

je suis vivant.

Ne pas avoir fini sa période Bukowski (1)

3 juin 2014

bukowski

J’aimerais que le whisky
soit du Drāno pour le cœur
hélas

j’en verse
et j’en verse
mais ça ne fait que refluer

forêt de
petits squelettes
d’oiseaux
noyés.

L’hiver / L’été

14 mai 2014

Hiver3

L’hiver
Prendre sa douche dans le noir
tout janvier février
six heures comme en pleine nuit
l’eau bouillante les cauchemars
défaillir d’épuisement d’insomnie
sur la glace le trac dans le ventre
pour écrire au tableau
« ce qui ne nous tue pas
nous rend plus fort »
et n’en croire
pas un mot

à la guerre mon grand-père
a reçu un éclat d’obus dans l’épaule
affaibli il a souffert
toute sa vie

et son petit-fils c’est
le café qui l’abandonne
et il sombre l’après-midi à la renverse
sur son lit le capuchon sur la tête
se réveille affaibli à la noirceur
se réveille les mains gelées
c’est l’amour son éclat
son obus une tête noire
une vieille machine
fêlée.

 

 


Hiver2

 

L’été
L’été ouvert
le compte de banque ouvert
les rues grandes ouvertes
comme leurs jambes grandes ouvertes
et vingt milles bouteilles ouvertes
et le ciel en rotation
pirouette au-dessus du balcon
où le temps s’étire s’allonge
belle bête chaude déployée
et les fenêtres grandes ouvertes
et le cœur grand ouvert
ouvert
comme une
plaie

l’été immense
l’été Saturne
devant moi n’aura jamais été aussi long
et je suis complètement terrifié.

L’hiver à reculons

23 mars 2014

honte

 

Le premier janvier 2014 j’ai fait le souhait to fall out of love.

J’ai brisé quelque chose.

* * *

La première image qui m’est venue est celle du petit animal blessé qui se cache pour lécher ses plaies.

Je hais cette image. Je hais susciter la pitié.

* * *

En février c’était l’image du prisonnier d’un ascenceur en panne.

Noirceur totale, attendre les secours.

* * *

Ensuite en mars c’était l’image de l’impasse.

Entrer malgré l’écriteau cul de sac. Marcher plus d’un an avant d’atteindre le mur. Depuis il n’y a plus qu’à rebrousser chemin, mais c’est long, émerger d’une impasse à reculons en fixant le mur du fond.

Ça irait plus vite si je me retournais, mais il fait froid.

C’est l’hiver.

* * *

C’est la même image quand il me disait :

« Je te connais depuis vingt-cinq ans, je sais comment tu fonctionnes. Je t’ai vu aller plusieurs fois. Tu marches vers un mur comme si tu te disais ce mur n’existe peut-être pas, c’est peut-être une illusion. Tu le vois mais tu fonces dedans quand même. »

* * *

On m’a fait de beaux commentaires à propos de mon texte sur l’année de mes trente-quatre ans, en septembre dernier. Ça me rendait mal à l’aise. Je n’aime pas ce texte. Il est faux. Il amplifie des miettes de positif et cache le plus important.

C’était une année d’impasse et il faisait de plus en plus noir.

* * *

Toutes les nuits vers quatre heures AM je me réveille et ça tourne dans ma tête. Peu de temps après, le chat commence à miauler. Je ne me rendors pas.

Toutes les nuits.

* * *

— L’autre fois quand tu parlais, j’ai cessé de t’écouter. J’ai eu l’impression d’avoir fait le tour de toi.
— Je comprends. Mais tu sais pas ce que c’est. C’est comme tomber dans un trou noir.

C’était la dernière image et j’ai eu peur.

Même à reculons on ne peut jamais sortir d’un trou noir.

* * *

J’ai surtout honte. Je me sens coupable.

* * *

Je ne me suis jamais plaint de l’hiver de ma vie, mais celui-ci m’épuise. Je vieillis, peut-être. Il y a du blanc dans ma barbe. Ma barbe ne me protège pas.

* * *

Et puis un jour dans mon dos ce sera le printemps.

Zen et l’art du bruxisme (Notes de fin d’automne)

4 décembre 2013

Sourire

Ma fatigue ressemble à un enlèvement extraterrestre.

Je progresse dans ma collection de blackouts.

Ma grand-mère laissait la radio allumée pour avoir de la compagnie.

Je passe d’une pièce à l’autre. Je lis quelques paragraphes, laisse tomber le livre sur le divan. Je veux un wagon de métro dans mon salon. Dans le métro, ce qui m’entoure m’indiffère à un point tel que tout est anéanti sauf le livre entre mes mains. Je veux vivre avec ma bibliothèque dans les souterrains de Montréal. Je pourrais lire jusqu’à la fin des temps.

4 novembre : 18 likes.
5 novembre : 12 likes.
5 novembre : 14 likes.
10 novembre : 15 likes.
16 novembre : 11 likes.
18 novembre : 10 likes.
19 novembre : 16 likes.
20 novembre : 11 likes.
22 novembre : 17 likes.
24 novembre : 13 likes.
29 novembre : 12 likes.

Garder sa réputation de geek même si on ne joue à aucun jeu vidéo de l’année.

Crise intense de narcissisme. Ne plus cesser de se trouver beau dans le miroir. Mais surtout ne pas sourire, on ne peut pas se repasser le visage comme une chemise. Grand pli. Fissure. Canyon. Vieillir.

Ma mère laisse la télé allumée pour avoir une présence.

On est en train
de me démonter brique par brique
des morceaux
des pans de murs entiers
s’en vont

je les sens partir.

Facebook me fait souffrir, deux fois je prend des vacances, mais bien sûr les interfaces sont neutres, la trappe à souris est neutre, Mark Zuckerberg n’a pas de système de valeur, ce n’est que coïncidence, casino, mort aux rats.

Cockblock omerta.

#antihashtag.

Souvent
je préfèrerais
que tu likes.

Une épouse russe livrée par drone
te coupe l’électricité
les chats pullulent dans tes wet dreams
et tu attends les dernières gouttes
de fonne
comme la buée dans les fenêtres

moi aussi
je fais chambre à part
avec ma future
à onze milliards d’années lumières

sans jamais avoir le mauvais goût de se plaindre
la nuit nous sort par les oreilles à
force de repasser sur le fil
on peut le réciter par cœur

tout ce que tu aimes
sur l’écran de mon ordinateur.

* * *

T’as une grosse tête. T’es peigné comme un petit garçon. Ta chemise est pareille à celles du Steinberg. T’as des beaux bras, pas une once de graisse dessus. T’es comme Henry Miller. T’es pas dépressif. Tes yeux ont rapetissé. T’es cut. T’as l’air de Jean-Paul Sartre. T’es encore dans la caverne.

J’ai envie
de suspendre mes statuts comme
des panaches d’orignaux
et de fermer boutique.

J’ai lu des textes très littéralement.
-Jean-PhilippeBot

Un exemple d’angoisse métaphysique

29 novembre 2013

X

Dans le métro, quand un bogue crée une contradiction entre la voix de l’annonceuse robot et la station où le wagon arrive, par exemple si on entend « Jarry » et que les écriteaux se lisent « Henri-Bourassa », il m’arrive de douter de ce que je vois plutôt que de ce que j’entends, c’est-à-dire que je crois tout à coup que c’est la voix qui a raison.

Puis je me demande ce qui se passerait, si je débarquais dans cette station, et la peur me prend que ce ne soit pas le métro qui soit bogué mais la réalité elle-même, j’appréhende de descendre dans une station qui soit en même temps Henri-Bourassa et Jarry, ou qui soit un étrange mélange des deux, le quartier devenu un hybride bizarre de Ahuntsic et de Villeray, dans un univers où le signe « Henri-Bourassa » se lit désormais « Jarry », où je ne comprend plus mes souvenirs, où je ne retrouve plus mon appartement dans des rues brouillées, cryptées, méconnaissables.

Puis je me dis que j’ai trop lu Haruki Murakami et Philip K Dick et que je bois trop de café.

Darnziak au Off-Festival de poésie de Trois-Rivières en octobre 2013

2 novembre 2013

J’ai eu le plaisir de participer à deux soirées du Off-Festival de poésie de Trois-Rivières au début du mois d’octobre passé.

D’abord au micro ouvert le 5 octobre durant la soirée heavy metal organisée par Erika Soucy, j’ai lu ce texte qui raconte comment je suis devenu un metalhead :

Heavy-Metal

Heavy Metal

* * *

Puis le 12 octobre lors de la soirée YOLO organisée par Poème Sale, j’ai lu ce texte où je raconte des trucs gênants.

yolo2


Ainsi parlait Kama Sutra

Une nuit chez Dyonyziak II

29 septembre 2013

The End

Mon homonyme Jean-Philippe Gravel raconte mon party de fête. Ce fut d’épique, en effet.

Petite réponse de ma part.

1. Je ne savais pas que tu ne connaissais personne, puisque tu es arrivé en même temps que plusieurs autres de mes amis, avoir su j’aurais fait des présentations.
2. J’ai acheté ce chandail rouge avec le logo « ego » en police Lego à Reykjavík, il a une triple signification pour moi : d’abord la reine des ténèbres ne cessait de dire que j’étais égocentrique, mais surtout, l’ego est la source de toute souffrance selon le bouddhisme zen, ce que j’expérimente douloureusement chaque jour, et enfant j’aimais beaucoup les blocs Lego et voulais un jour visiter Legoland au Danemark.
3. J’étais content que tu fouilles mes bibliothèques, toi qui est un des lecteurs le plus vorace et enthousiaste que je connaisse, mais as-tu vu celle dans ma chambre? C’est là que j’empile mes lectures courantes. De grosses piles.
4. Je suis anal avec mes livres, en effet on dirait qu’ils n’ont pas été lus parce que je les ouvre à peine quand je les lis, je ne veux pas briser la tranche, j’ai une manière de les tenir qui ne fait pas de tache d’acidité, je ne note jamais rien dedans, je ne veux pas les user ou les briser.
5. Un peu comme je caressais ma première blonde au début avant qu’elle me dise que c’est correct tu peux peser plus fort je ne vais pas casser en deux.
6. Mais avec les livres j’ai jamais voulu devenir sauvage.
7. J’en ai lu en crisse pareil – faudrait que tu vois ma caisse pleine de cahiers remplis de notes de lecture. Et de dessins dans les marges. Et de commentaires personnels parfois très longs. Et d’idées de trucs à écrire. Etc.
8. Mon chat pèse plutôt autour de 20 livres. L’an passé il était resté avec nous, mais cette année, trop de fureur et de bruit.
9. D’une autre perspective on dirait un tout autre party, je n’ai pas eu trop conscience de tout ce que tu décris.
10. Le rhume, le saké et le scotch m’ont embrumé l’esprit passablement.
11. J’adore que mon habitat soit investi de la sorte mais quand même, mes CDs par terre le lendemain, Woodman cassé, les jeux de DS dans le bol du chat, c’était moins drôle. Mais j’assume. C’était un risque à prendre.
12. Les trois bouteilles de scotch vidées et la caisse de 12 de Grolsch que j’avais mis là pour faire une expérience (genre : aurait-elle toute disparue ou non, réponse, oui), c’est parfait. Personne n’a touché au Brennivin islandais et à l’Aquavit norvégien, c’est parfait aussi.
13. Je ne peux pas croire que je me suis lancé dans mon cours sur Nietzsche en plein party, le passage sur la souffrance et la question de la valeur de la vie, je commence avec ça en classe à chaque fois, je l’ai trop donné ce cours, mais bon, c’est mon préféré.
14. Manne, j’avais complètement oublié que j’ai ouvert la porte de ma minuscule toilette pour trouver six-sept personnes empilées partout dans le bain et sur l’évier, et qu’elles se sont toutes dissipées d’un coup.
15. Je ne reconnais pas la majorité de la musique que tu cites, j’ai perdu le contrôle du stéréo assez tôt, il a été hijacké par une suite de DJs et c’est parfait. Je me souviens par contre qu’au début c’était ma playlist darque geek et subitement la chanson thème de Startropics au NES a retenti dans tout l’appart, ça m’a fait plaisir.

16. De mon côté plus la soirée avançait je me retrouvais dans un coin sombre sur mon lit avec un ami cher puis sur la table de télé avec un autre pour faire mon petit emo comme d’habitude.
17. Les caresses et frenchs et ces trucs-là je n’ai rien vu comme au secondaire je comprends toujours trop tard ce qui se passe partout autour de moi.
18. J’ai retrouvé des photos sur mon appareil que j’avais laissé traîner justement pour qu’on l’utilise, et ces images ne me disent rien – j’étais ailleurs, et j’aurais voulu être partout à la fois et parler à tout le monde en même temps.
19. Danser, je n’en ai pas trop de souvenirs, sauf sur Voyage Voyage que j’ai encore en tête deux jours plus tard.

20. Je me souviens à la fin de la lumière du jour et d’une ombre qui s’agite, qui empile les bouteilles sur la table, et qui me parle doucement, une voix lointaine, et moi allongé sur le divan, dans un de mes traditionnel fucking down de fin de party quand je refuse que l’intensité se dissipe comme quand j’étais enfant à noël et que je ne voulais jamais partir et aller me coucher, je veux toujours défoncer la nuit et être le dernier survivant.
21. Il y a deux ans seulement, l’une de mes pensées récurrente triste était « je n’ai pas d’amis » alors réussir à remplir mon appart de plus d’une vingtaine de personnes et de déclencher un party dionysiaque trash malade avec plein de filles qui dansent dans mon salon, c’est pour moi une grande réussite, ça me remplit de gratitude, je remercie tout ceux qui sont venus, je suis content que vous ayez apprécié, ça me pousse à ignorer le sentiment de « plus jamais je ne referai ça » que j’ai eu en constatant les dégats et les débris le lendemain matin (heureusement j’ai eu de l’aide pour nettoyer).
22. Aussi, en me réveillant le lendemain matin j’avais la chanson de la finale de Chrono Trigger dans la tête, « To far away times ». C’est le dernier voyage de la machine à voyager dans le temps Epoch, on va reconduire nos compagnons dans leurs époques respectives, Robo dans le futur, Ayla dans le passé lointain, Frog au Moyen-Âge, Magus disparaît, ne reste que Chrono, Luca et Marle, la paix a été conquise, c’est la fin d’une longue histoire – il faut se séparer, nos compagnons nous quittent, on ne les reverra peut-être plus jamais. C’est une musique d’adieu, pleine de mélancolie, mais aussi d’espoir, ça m’arrache le cœur à chaque fois, c’est parmi les plus belles musique de jeu vidéos de tous les temps.

23. Merci pour ce texte et merci d’être passé, cher homonyme.